Motivation

La motivation joue un rôle prépondérant à l’école. En effet, pour qu’un élève apprenne, il doit être motivé. Rolland Viau définit la motivation comme étant un phénomène qui voit un élève choisir « de s’engager à accomplir l’activité pédagogique qu’on lui propose et de persévérer dans son accomplissement, et ce, dans le but d’apprendre ». Ainsi, pour qu’un élève apprenne, il doit être motivé et s’engager dans la tâche. Il existe de nombreux modèles théoriques sur la motivation. Nous en explorons deux.
Pour Rolland Viau, la motivation prend sa source dans ce que l’élève perçoit de la valeur à accomplir la tâche et de sa compétence à l’accomplir (espérance de réussite). Il y ajoute une troisième composante : la perception de contrôlabilité sur le déroulement de la tâche. Ces trois principales sources dépendent, elles-mêmes, de plusieurs facteurs d’engagement. D’une part, des facteurs individuels, comme l’estime de soi, les connaissances préalables, la dynamique identitaire, les buts poursuivis… et d’autre part, de facteurs situationnels propres au climat de groupe, des interactions sociales, des pratiques pédagogiques…
La théorie de l’autodétermination est développée par Deci et Ryan qui supposent que tous les êtres humains requièrent trois besoins psychologiques : se sentir compétent, autonome et en relation avec les autres. Dans le contexte scolaire, un élève s’engagera s’il répond à ces trois besoins. Le besoin de compétence se réfère à l’efficacité dans la tâche : les élèves doivent comprendre comment atteindre les résultats, tout en étant efficaces et en évitant les conséquences négatives. Un élève satisfera son besoin d’autonomie s’il se sent auteur de ses actions et de ses choix. Il agit de façon autodéterminée. Le besoin d’affiliation correspond pour l’élève au besoin de se sentir appartenir à un groupe et d’être en relation avec les autres. D’autres spécialistes de la motivation mettent en évidence trois éléments contextuels qui viennent soutenir ces besoins en contexte scolaire. Tout d’abord, la structure de la classe comprend toutes les informations relatives à la réalisation de la tâche. L’enseignant informe clairement ses élèves sur ses attentes et leur fournit l’aide nécessaire pour accomplir la tâche. D’où l’importance du feedback qui permet d’identifier clairement les forces et les faiblesses de chacun, et des suggestions pour atteindre les attendus. Ensuite, l’enseignant soutient l’autonomie en donnant à ses élèves une certaine liberté. Enfin, il implique ses élèves dans les interactions sociales.
Cette théorie est particulièrement intéressante puisque Deci et Ryan proposent plusieurs types de motivation, allant de l’amotivation (la perte de toute forme de motivation) à la motivation intrinsèque en les plaçant sur un continuum. Entre les deux, ils distinguent plusieurs formes de motivations extrinsèques. Cela permet ainsi d’élargir la simple vision réductrice de la motivation qui considère qu’on est ou non motivé.
L’amotivation correspond à l’absence complète de motivation. L’élève ne connaît pas la raison qui le pousse à s’engager dans la tâche.
Un individu est motivé de manière extrinsèque quand il agit en fonction d’une conséquence qui lui est extérieure. Deci et Ryan identifient quatre types de motivation extrinsèque. La première, la régulation externe, engendre une motivation comme une récompense ou l’évitement d’une punition. C’est ce type de motivation qui pousse les élèves à obtenir de bonnes notes. Le 2e type, la régulation introjectée intervient quand l’individu intériorise son comportement, notamment en évitant une conséquence négative qu’il s’impose en se culpabilisant. Dans ce cas, l’élève agit pour ne pas se sentir mal face à la réaction négative de ses parents ou de son enseignant. La régulation identifiée intervient quand l’individu considère ses actions ou ses comportements comme importants. L’élève trouve que le cours enseigné peut l’aider. Enfin, le dernier type de la motivation extrinsèque intégrée engendre une régulation des comportements en concordance avec l’individu. L’élève participe à un cours car il comprend son importance.
Enfin, la motivation intrinsèque correspond au plaisir et à la satisfaction en soit de réaliser une activité, sans attente de récompense externe. Elle représente la forme de motivation la plus autodéterminée. L’élève s’engage dans ce cas pleinement pour sa satisfaction personnelle.
La motivation n’est donc pas simple, notamment dans le contexte scolaire. Elle ne peut se résumer par « cet élève n’est pas motivé ! ». Elle dépend des représentations motivationnelles de l’élève (la valeur de la tâche et son espérance de réussite) qui résultent d’une interaction entre les facteurs individuels (l’estime de soi, le type de buts poursuivis, ses connaissances préalables…) et situationnels (le climat de classe, les pratiques pédagogiques, la tâche proposée, les interactions sociales…). Ces différents paramètres ne sont donc pas toujours contrôlables. Il est difficile de motiver le travail d’un élève qui n’aurait aucune confiance en lui ou qui serait dans une spirale de l’échec.
L’enseignant peut, en revanche, réfléchir aux différents facteurs qui permettent d’engendrer de la motivation intrinsèque. Il peut favoriser un apprentissage signifiant pour l’élève, en proposant des tâches qui lui font sens. Il lui donne régulièrement un feedback pour lui permettre de progresser de manière autonome. Des évaluations critériées, en lien avec les apprentissages et les objectifs annoncés, sont promues plutôt que des évaluations normatives qui visent une compétition. L’enseignant peut également favoriser les interactions coopératives afin de promouvoir les liens sociaux entre les élèves de la classe, favorisant ainsi le climat du groupe. Enfin, l’enseignant peut rendre l’élève véritablement acteur et auteur de ses apprentissages.
Nous pouvons alors nous questionner sur la pertinence des systèmes de bons points ou encore de notes : « C’est pour des points, Msieur ? », comme si la suppression de la note amènerait les élèves à travailler moins. La note, indissociable de l’école, engendre de nombreux débats. Elle engendre inévitablement des comparaisons, des classements et pousse à l’élitisme. Elle répond ainsi à une justice méritocratique. Or, si sa principale fonction est de signaler les lacunes des élèves, ne devrait-on pas s’en passer ? Ne devrait-on pas simplement écrire un commentaire en relevant ce qui n’a pas été acquis et donner des pistes à l’élève pour atteindre le niveau attendu ? C’est en tous cas un des rôles majeurs du feedback que nous évoquions afin de favoriser la motivation intrinsèque.
Edward L. Deci, Richard M. Ryan, Intrinsic Motivation and Self- Determination in Human Behavior, Plenum, 1985.Daniel Favre, Cessons de démotiver les élèves, Dunod, 2015.Rolland Viau, La motivation en contexte scolaire, De Boeck Université, 2009.