Laïcité

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Couverture du HSN n° 55, Petit dictionnaire des mots de l’éducation

La laïcité est un principe constitutionnel qui garantit la liberté de conscience en France : le droit d’avoir ou non une religion, d’en changer, de ne plus en avoir, de manifester ses croyances et ses convictions. Elle repose sur trois piliers : outre le primat de la liberté de conscience, l’égalité de toutes et tous (croyants, quelle qu’en soit la religion, ou non) et la neutralité de l’État en particulier en ce qui concerne ses agents. Elle n’est ni une opinion, ni une idéologie concurrente des religions ou d’autres idéologies.

En France, principe constitutionnel depuis 1946, elle implique la séparation des Églises et de l’État qui a été définie par la loi de 1905, fruit de compromis entre divers courants. Elle diffère de la tolérance qui s’exerce entre un majoritaire/dominant et un minoritaire qu’on tolère pour des raisons politiques ou morales.

On peut distinguer trois espaces pour la mise en œuvre de la laïcité : celui des institutions, où s’applique la neutralité de l’État, l’espace public, lieu de rassemblement ou de passage (rues, lieux public, etc.) où s’applique la liberté de conscience et d’expression sous réserve du respect de l’ordre public, et l’espace privé, intime.

L’école publique est une institution et a ceci de particulier qu’elle est non seulement un lieu où se vit la laïcité, mais aussi un de ceux où elle se transmet. C’est une mission de tous les personnels de l’Éducation nationale, enseignants ou non (rubrique des programmes « acquérir et partager les valeurs de la République »), même s’il ne faut pas confondre une valeur et un principe, comme la laïcité. Ce n’est pas la tâche des seuls enseignants chargés de l’éducation morale et civique (EMC) : l’expliquer, la faire comprendre en faisant expérimenter qu’elle permet d’apprendre et de vivre ensemble. En 2004, une loi y interdit aux élèves le port de « signes religieux ostensibles ». Elle a parfois été contestée comme contraire à la liberté d’expression mais semble maintenant globalement acceptée et respectée.

Ce n’est pas si simple

La mise en application du principe de laïcité se heurte à trois types d’obstacles : le premier tient aux différentes conceptions de la laïcité, le deuxième à un discours d’hommes politiques ou de chroniqueurs connus par les médias « mainstream », qui imprègne les élèves, du moins les plus âgés, et sans doute aussi un peu les enseignants, le troisième à la façon de la faire vivre à l’école.

Diverses conceptions de la laïcité (Jean Baubérot en dénombre sept en 2015) : on entend parfois parler de laïcité plurielle, ou « ouverte » que ses promoteurs opposent à une laïcité qu’ils jugent dogmatique. Si la laïcité est un principe juridique, il peut être interprété de différentes façons. Sociologues, philosophes ou historiens n’ont pas le même regard sur elle ; chaque citoyen peut être tenté de donner un sens différent à la laïcité en fonction de son histoire, ses connaissances, son vécu, ses choix personnels. On se trouve donc face à un principe dont la définition ne fait pas consensus, pas plus que son sens et son enjeu. Or à l’école, où le but est de faire non seulement connaitre mais aussi comprendre et apprécier l’intérêt de la laïcité pour la nation et la liberté de conscience, on ne peut se contenter de s’appuyer sur le corpus de textes juridiques qui l’encadrent, au risque de ne faire de la laïcité qu’une norme imposée à respecter.

Dans la société, on parle surtout de la laïcité quand il y a des tensions, des situations vécues comme des atteintes à ce principe (réelles ou non, en fonction de la conception et de la sensibilité de celui qui s’exprime). Et c’est en période de crise, comme après les attentats de 2015, que les politiques appellent à renforcer l’enseignement de la laïcité qu’ils perçoivent comme un outil pour lutter contre les « replis communautaristes ». Il y a aussi le discours décliniste de ceux qui jugent que l’école abdiquerait toute exigence de laïcité dans les quartiers populaires, associés à la présence d’une population en partie musulmane, l’Islam étant perçu par une fraction de l’opinion et certains éditorialistes comme incompatible avec la laïcité.

L’école publique est perméable à ce climat. Elle a ses propres questionnements : quelle place, par exemple, pour l’enseignement du ou des faits religieux, dans le cadre de la laïcité ? Mais surtout, des tensions peuvent exister, autour de contenus d’enseignement, de sorties (visiter un édifice religieux ?), de repas, etc. Les vrais conflits sont pourtant loin d’être quotidiens, mais on ne peut les nier et les enseignants peuvent être démunis : la formation, surtout « initiale », s’est renforcée sur ce sujet depuis quelques années. Il reste à savoir si elle correspond partout aux besoins et si la formation continue a été suffisamment offerte … et choisie. Parfois les collègues d’histoire/géographie/EMC sont laissés seuls avec l’enseignement de la laïcité alors que la faire vivre est l’affaire de tous, même si les équipes peuvent légitimement avoir d’autres priorités. Or le sujet mérite d’être pris en charge collectivement, ce qui exige, outre la volonté de le faire, du temps et de la formation… Il s’agit bien d’une « question socialement vive ».

C’est en prenant les élèves et ce qu’ils ont à dire au sérieux, jour après jour, sans transiger sur les valeurs ou sur l’application du principe de laïcité, en mettant au premier plan la pédagogie, y compris dans les banlieues ségréguées, que les enseignants donnent vie à la laïcité et l’enseignent avec succès.

Elisabeth Bussienne
Formatrice en Inspé
POUR ALLER PLUS LOIN
Francis Blanquart et Céline Walkowiak, Réussir l’école du socle : En faisant dialoguer et coopérer les disciplines, ESF, 2013.Cahiers pédagogiques n° 521, « Croiser des disciplines, partager des savoirs », mai 2015.Jean-Michel Zakhartchouk, « Un objectif fédérateur : former le jugement critique », Cahiers pédagogiques n° 521, « Croiser des disciplines, partager des savoirs », mai 2015, en ligne, http:// www.cahiers-pedagogiques.com/Un-objectif-federateur-former-le- jugement-critique.

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