Entre mobilisation et motivation, de quel sujet parle-t-on ?

Publié le Lecture : 31 min
Couverture du hors-série Recherche et pratiques n° 1Au cours d’une rencontre en visioconférence, Grégory Delboé interpelle Daniel Favre. Quand deux chercheurs discutent et que le modérateur de la conversation s’en mêle, les concepts se précisent, les divergences s’affinent, de nouvelles pistes de réflexions émergent.

Grégory Delboé : Philippe Meirieu rappelle que la pédagogie repose sur l’articulation entre trois pôles : le pôle scientifique, le pôle axiologique (celui des valeurs), et le pôle praxéologique (celui des pratiques concrètes). Sur le plan des valeurs, je crois que nous sommes parfaitement en accord ; ce n’est donc pas cet aspect que je proposerais de discuter ici.

Daniel Favre : Côté pratiques, avant d’être chercheur en neurosciences, j’ai été un « produit » des Ceméa et fait de nombreuses colonies de vacances auprès de jeunes issus des quartiers sensibles de Grenoble. Et puis j’ai aussi oscillé dans ma formation, en faisant, après une
1re scientifique, deux terminales philo, j’ai eu le temps de m’imprégner de philosophie, et beaucoup d’épistémologie. Ce qui m’a servi ensuite pour mes recherches en neurosciences. J’étais en effet dans un environnement de chercheurs scientifiques, biologistes, neurobiologistes, qui n’avaient pas de formation épistémologique.

Un cerveau dans un corps dans un contexte

G. D. : Vous utilisez le terme de « cerveau affectif » ; comment conciliez-vous l’idée force qui consiste à éviter de délier émotion et cognition avec cette expression qui induit une séparation ? S’agit-il d’une manière de mettre en avant certaines dominances fonctionnelles sans tomber dans un localisme strict ou bien est-ce une stratégie de vulgarisation ?

D. F. : D’un point de vue biologique, les neurones qui sont associés à l’affectivité sont omniprésents dans le cerveau. Quand je parle du « cerveau affectif et émotionnel », c’est une manière de prendre en compte tous ces neurones dispersés. Les chercheurs qui travaillaient sur la vision dans les années 1980, par exemple, notaient qu’il y a des fibres dopaminergiques qui libèrent de la dopamine dans la rétine humaine, mais ils n’en déduisaient rien de spécial : ils étudiaient la transmission du message visuel qui partait de la rétine, qui allait au thalamus, etc. De mon côté je me disais que l’acte cognitif, la prise de conscience, l’appropriation et la construction des savoirs, ne peut pas se faire indépendamment du fait que toutes nos pensées, toute notre activité de cognition relève de neurones qui sont interconnectés avec des neurones associés aux ressentis. Or, la première chose qui m’a frappé quand j’ai rencontré des enseignants en formation, c’est qu’ils avaient tout simplement exclu la dimension affective. Peut-être parce que Piaget n’en parlait pas. L’humanité s’exprime grâce au fonctionnement d’un organe, le cerveau. J’ai bien entendu ce que dit Meirieu en critiquant les neurosciences, je ne réduis pas le sujet à son cerveau. C’est ce qu’on retrouve un petit peu dans les approches neurobiologiques pures qui expliquent le fonctionnement des élèves à travers leur cerveau. Comme je l’ai mentionné, Il y a d’ailleurs des revues de neurosciences affectives et des re…

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