Enseigner la lecture littéraire, une affaire de compétences?
Si l’enseignement de la littérature a toujours constitué une mission fondamentale de l’école obligatoire, il est confronté, depuis une quinzaine d’années, à une double influence : l’une qui tient à la notion de lecture littéraire, l’autre qui est liée à l’approche par compétences. Quelles articulations possibles entre les deux ?
La lecture littéraire occupe aujourd’hui une place centrale dans divers programmes scolaires, en particulier ceux de l’école primaire en France et ceux de l’enseignement secondaire en Belgique. Au-delà des différentes approches dont elle a fait l’objet tant chez les théoriciens de la littérature que chez les didacticiens, on peut la caractériser comme une conception « riche » de la lecture, qui vise à concilier les droits du texte et ceux du lecteur, en suscitant chez ce dernier une diversité d’opérations complémentaires. Dans le modèle que j’en ai proposé, la lecture littéraire est un va-et-vient concerté entre des attitudes de participation aux référents du texte et des attitudes de distanciation analytique et critique. Contrairement aux auteurs qui la présentent comme une activité « lettrée » centrée seulement sur l’analyse, je la conçois comme une optimisation des mouvements dialectiques à l’œuvre dans toute lecture.
Dans cette perspective, enseigner la lecture littéraire revient à susciter différentes opérations de lecture effectives des élèves, et ce, quel que soit leur âge : de la première année primaire jusqu’à la fin du secondaire, il s’agit, d’une part, de susciter le gout de lire en favorisant l’expérience fondamentale de l’immersion fictionnelle et, d’autre part, d’exercer à mobiliser des connaissances et à construire des hypothèses interprétatives cohérentes. Corol…