Dispositif pédagogigue

Grâce à la mise en place d’un dispositif pédagogique, un enseignant peut proposer un parcours, une feuille de route à une personne qui souhaite apprendre. En le préparant à l’avance, il essaie de prévoir quels peuvent être les différents cheminements des apprenants. L’enseignant peut alors être envisagé comme un ingénieur de propositions pédagogiques permettant des apprentissages. L’élève s’en emparera ensuite plus ou moins selon la situation, au moment où elle se présente, car elle pourra alors dépendre de plusieurs autres facteurs (acoustique, heure de la journée, nature du groupe, …).
Certains ingénieurs pédagogiques, particulièrement prolifiques, ont formalisé et théorisé leurs dispositifs, à tel point qu’ils ont amené la création d’associations et de mouvements dans l’enseignement. On peut citer, par exemple, les mouvements Freinet et Montessori, qui ont en commun d’être convaincus que la manière d’apprendre est au moins tout aussi importante que ce que l’on apprend.
Parmi les dispositifs issus de la pédagogie promue par Célestin Freinet, on peut citer l’entretien du matin (popularisé sous l’appellation “Quoi de neuf?”), la correspondance et l’impression d’un journal scolaire, entre autres. La pédagogie institutionnelle nous a ensuite apporté des dispositifs qu’elle a érigés en institutions (les conseils d’élèves, le travail par ceintures, etc.). On entend par là que le dispositif vient se poser en tiers médiateur entre les adultes et les élèves, et les élèves entre eux. Ceci pour ne pas s’engluer dans les projections puis dans les conflits. En effet, lorsqu’une relation éducative s’établit, de nombreuses projections et malentendus peuvent se mettre en place selon les intentions des uns et des autres ou même le sens de ce que l’on vient faire en classe. Les jeux de pouvoir et d’influence peuvent être nombreux et lorsqu’on introduit une institution (à commencer par des règles toutes simples de vie en commun, jusqu’à des dispositifs plus complexes comme le conseil coopératif) ce qui peut alors faire autorité dans les relations n’est plus de l’humain, mais de l’organisationnel servant de tiers médiateurs pour les échanges. L’Institution vient donner des règles communes afin que personne ne se sente dépositaire ou propriétaire des règles ou du savoir.
De son côté, Maria Montessori a pensé des dispositifs de classe qui inspirent toujours beaucoup les classes d’école maternelle parce qu’ils laissent une grande part de choix à l’enfant et qu’ils passent par la manipulation de matériel adapté, à la fois sur le plan de l’ergonomie et des possibilités d’exploration, pour susciter et permettre l’apprentissage. Le GFEN (Groupe Français d’Education Nouvelle) propose des démarches pédagogiques (dont la désormais célèbre « lettre en polonais » http://www.iffplausanne.ch/m1/LinkedDocuments/La_lettre_en_polonais.pdf) permettant de prendre conscience de certains mécanismes d’apprentissages tout en vivant une expérimentation. Les CEMEA, Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active, ont également réalisé des recueils de dispositifs d’intelligence collective. Et bien sûr le CRAP-Cahiers pédagogiques, dont certains membres ont conçu puis popularisé les DVDP, Discussions à Visées Démocratique et Philosophique, et redoublent chaque année d’ingéniosité pour proposer de nouvelles expériences de formation entre pairs pendant les Rencontres d’été.
Pour concevoir un dispositif de bout en bout, on s’attachera à en définir les objectifs, les compétences visées et donc celles qui sont requises. Puis à penser toute son organisation : consignes, matériel et ressources, déroulement, modalités de travail individuel et/ou en coopération (aide, entraide, travail en groupe, tutorat) et disposition spatiale. Il peut être intéressant d’essayer d’anticiper, autant que faire se peut, les différents modes d’intervention de l’enseignant selon les moments afin de faciliter le travail et l’appropriation des objectifs.
Tout d’abord, ne perdons pas de vue que le choix d’un dispositif ne sera jamais neutre. En effet, chaque phase du dispositif portera en elle un ou plusieurs modes d’apprentissage (magistral, dialogué, behavioriste, socio-constructiviste … ) et insistons : qu’on le veuille ou non ! Ainsi, ne pas choisir sera quand même un choix. Autrement dit, que cela soit fait sciemment ou pas, un ou plusieurs objectifs seront atteints et parmi ceux-là, certains qui n’étaient pas prévus.
Il conviendra donc, comme évoqué plus haut, de bien distinguer le dispositif pédagogique prévu de la situation d’apprentissage. En effet, ce qui se passera le jour J sera différent du dispositif prévu sur le papier et dans la tête de l’enseignant. Une part d’improvisation reste indispensable dans la conduite de séances d’apprentissage. Il semble même préférable de l’intégrer à leur conception et leur préparation. Un parallèle peut être fait avec le Jazz. Les meilleurs improvisateurs sont en fait des musiciens chevronnés qui ont des tas de boucles musicales en stock et qui savent les ressortir au moment le plus opportun.
Par conséquent, en tant que pédagogues, faisons attention à ne pas attribuer trop de vertus intrinsèques à un dispositif quel qu’il soit puisqu’à l’instar d’un outil, la manière de s’en servir et de le faire vivre in situ aura beaucoup d’importance. Appliqué de manière autoritaire, un dispositif pensé pour faire échanger et coopérer les élèves pourra aboutir à un résultat inverse de celui escompté.
Autre risque lié à la profusion de dispositifs aujourd’hui disponibles : juxtaposer les dispositifs sans cohérence. En effet, les conséquences peuvent être fâcheuses de papillonner selon le caractère pratique et/ou attrayant de telle ou telle activité et d’en rester ainsi à un patchwork ou zapping pédagogique sans colonne vertébrale. Autrement dit, si les élèves passent sans arrêt d’un modèle à l’autre et qu’aucun lien n’est fait entre eux, on risque d’accentuer les écarts entre ceux qui ont déjà les codes et les autres, notamment parce que beaucoup d’entre eux donneront priorité aux activités proposées et ne verront pas les apprentissages attendus. Dans tous les cas, on aura donc intérêt à ajouter une dose de métacognition à ces dispositifs, autrement dit à expliciter avec les élèves quels sont les buts recherchés et les raisons pour lesquelles tel dispositif a été retenu et pas un autre. Les dispositifs d’une classe pourront alors fonctionner de manière interdépendante et évoluer judicieusement en fonction des besoins.
POUR ALLER PLUS LOIN
Sylvain Connac, « Faire classe n’est pas un spectacle », Cahiers pédagogiques, n° 532, novembre 2016.
Cahiers pédagogiques, Hors-série numérique n° 23 : « Des dispositifs pour se former entre adultes », décembre 2011.
Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy, Yasmine Vasseur, Oser les pédagogies coopératives : des dispositifs et ressources pour le collège, ESF éditeur-Cahiers pédagogiques, 2018.
Philippe Perrenoud, L’organisation du travail, clé de toute pédagogie différenciée, ESF éditeur-Cahiers pédagogiques, 2012.