Comment l’école reproduit-elle les inégalités ? Égalité des chances, réussite, psychologie sociale

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Sébastien Goudeau, PUG,  2021

Les résultats des travaux de recherche et les évaluations internationales le montrent avec insistance : les parcours scolaires sont fortement influencés par l’origine sociale. Mais comment comprendre que l’école continue à reproduire voire à creuser les inégalités alors même que ce diagnostic est partagé par la majorité des acteurs ?

L’originalité de cet ouvrage court et accessible de Sébastien Goudeau est d’inviter à questionner les théories majoritairement avancées pour expliquer cet état de fait et à s’intéresser de plus près à l’influence des situations scolaires proposées aux élèves.

Selon l’auteur les explications dominantes du lien entre classes sociales et réussite scolaire sont centrées sur un repérage des manques : ce qu’il nomme des « théories déficitaires ». C’est le cas de certaines théories génétiques qui confondent selon l’auteur hérédité et héritabilité et ont d’ailleurs été dénoncées récemment par un collectif de généticiens : « la recherche n’a pas pu à ce jour identifier chez l’humain de variantes génétiques ayant indubitablement pour effet de créer, via une chaîne de causalité strictement biologique, des différences cérébrales se traduisant par des différences cognitives ou comportementales ». C’est aussi le cas de certaines approches réductrices issues des théories de Bourdieu et Passeron, approches qui assimilent écart avec les standards linguistiques dominants et handicap socioculturel. Ces deux modèles explicatifs ont en commun de renvoyer aux dispositions internes de l’individu (gênes ou milieu) la cause de ses performances scolaires.

En rester là réduit les enseignants au fatalisme. Sébastien Goudeau propose d’examiner des résultats récents de travaux de recherche en psychologie sociale qui montrent comment les situations scolaires elles-mêmes jouent un rôle dans la construction des inégalités. Ces travaux peuvent ouvrir de nouveaux champs d’action.

L’auteur démontre, en s’appuyant sur des résultats de recherches éclairés par de nombreux exemples ,  qu’une situation scolaire n’est jamais neutre et que certaines peuvent être menaçantes et défavorables aux élèves de classe populaire. C’est en agissant  sur ces effets menaçants que l’enseignant, à la place qui est la sienne, peut contribuer à enrayer le cercle vicieux du creusement des inégalités.

Pour cela il doit travailler à se mettre à distance de croyances et stéréotypes dans lesquels le fonctionnement de l’école est englué et qui ont un effet de lunettes déformantes. Les travaux sur la plasticité cérébrale devraient encourager à un autre rapport aux apprentissages. Parmi les pistes proposées pour sortir de l’engrenage, Sébastien Goudeau invite d’abord à limiter la compétition. Il encourage aussi à conduire les élèves à interpréter plus justement leurs réussites, difficultés ou échecs en leur rappelant constamment qu’ils arrivent en classe inégalement préparés aux apprentissages : ce rappel peut éviter qu’ils n’intériorisent  leurs échecs ou difficultés comme la conséquence de « déficits individuels » ce qui aurait des effets délétères sur leur motivation et leur  image d’eux-mêmes.

Un changement majeur et salutaire consisterait à changer de regard sur la difficulté. Ne plus la considérer comme révélatrice d’un manque de capacités mais comme une étape dans l’apprentissage aide les élèves à mieux l’affronter car il réduit le sentiment de menace, couteux en ressources lorsqu’il est trop prégnant. Amener l’élève à considérer la difficulté comme quelque chose de normal lui permet – se sentant moins menacé – de consacrer plus de ressources à la tâche.

Il est rare qu’une thèse aboutisse à un ouvrage « grand public » aussi concis et accessible. On ne peut qu’en saluer l’auteur et les responsables de cette collection des Presses universitaires de Grenoble, « Actualité des savoirs ».

Nicole Priou

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