Entre patrimoine et plaisir
On peut apprendre des langues et civilisations de l’Antiquité sans forcément apprendre grammaire et vocabulaire, ou adopter une attitude révérencieuse à l’égard de l’Antiquité dont la part d’ombre mérite autant d’attention que ses héros et sa mythologie.
Quand j’enseigne à des 6es, je demande souvent, en fin de séquence sur les textes fondateurs et en particulier ceux de l’Antiquité grecque ou romaine, les raisons qui font qu’il faut connaitre et étudier ces textes. Je pense même que c’est une bonne question qu’il faudrait poser plus souvent à l’occasion d’autres thèmes de travail. La réponse courante, « parce que c’est au programme », me permet évidemment de demander alors pourquoi « c’est au programme ».
Les réponses des élèves, la plupart ayant une maitrise de la langue peu assurée dans ce collège Éclair, sont sommaires. Ils ont du mal à formuler des raisons claires. Émerge tout de même, à côté de celles qui ne sont pas spécialement spécifiques à ces textes (ça nous apprend le français, le vocabulaire, ça nous fait connaitre d’autres époques), l’importance de connaitre ainsi nos ancêtres, celle de l’héritage.
Pour ceux qui vivent d’idées reçues, il peut paraitre étonnant que des adeptes d’une pédagogie nouvelle, tournée vers l’avenir et non sur un passé mythifié, puissent aussi être très soucieux des références patrimoniales. Pour ma part, je me réjouis que dans les années 90 et surtout 2000 se soit imposée l’idée de faire étudier les textes fondateurs. On peut discuter du mot, mais cette formulation des programmes a conduit nombre d’enseignants de français à introduire davantage de textes de l’Antiquité dans leur enseignement. Cela passe par des adaptations lisibles, quitte à présenter de temps à autre une traduction du texte original, et surtout par beaucoup de savoir-faire pédagogique si on ne veut pas se contenter de la conjugaison artificielle du verbe « admirer » à l’impératif. Il s’agit à la fois de rendre ces textes aimables et séduis…