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#CLIC2016

La classe inversée n’existe pas

Cécile Blanchard

4 juillet 2016

Qu’est-ce donc que cette « classe inversée » dont on parle tant ? Une mode, un dogme, une méthode pédagogique, une réflexion en cours ? Peut-être un peu de tout ça, selon le regard que l’on y porte, mais c’est surtout, de l’avis de nombreux intervenants du CLIC2016, une porte qui s’ouvre pour changer l’école.


« La classe inversée n’existe pas », et c’est Marcel Lebrun qui le dit ! Ce professeur en technologie de l’éducation et conseiller pédagogique du Louvain learning lab, est pourtant clairement identifié comme l’un des promoteurs de la classe inversée mais il défend en fait le pluriel et l’existence de plusieurs formes de classe inversée. Il a ainsi proposé une typologie des classes inversées au CLIC2016, congrès de la classe inversée qui se déroulait les 1er et 2 juillet derniers.

Le premier type qu’il identifie et nomme précisément « classe inversée » (flipped classroom en anglais), avec des leçons sous forme de vidéos à regarder à la maison et des exercices et des débats en classe. Le visionnage de cours à distance peut se faire à la maison ou dans des lieux particuliers dans les établissements, où les élèves travaillent en autonomie, comme la bibliothèque.

Le deuxième type, qu’il appelle la « classe transplantée », où les élèves ont à mener des recherches documentaires et des travaux préparatoires hors de la classe, dans leur contexte, puis les partagent en classe sous la forme d’un exposé, d’une animation, de débats. Cela permet d’ « ancrer les savoirs dans leur contexte et dans l’expérience concrète » et de « penser les apprentissages et les conditions dans lesquelles l’élève va apprendre ».

Troisième type

Le troisième type est en fait une hybridation des deux autres et repose sur la construction d’un scénario des séquences d’apprentissage. Marcel Lebrun identifie les différentes étapes, ou activités citées plus haut (recherche documentaire, exposés, vidéos ou textes à s’approprier la maison, débats et questions-réponses), à des « événements d’apprentissage », qui peuvent s’enchainer différemment selon les sujets à traiter. L’occasion de raisonner par cycles d’apprentissage, que Marcel Lebrun estime « beaucoup plus fertiles » que l’opposition classique entre cours et exercices. « L’apprentissage informel devient de plus en plus une partie de l’expérience d’apprentissage et cela introduit un processus d’apprentissage continu tout au long de la vie. »

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Héloïse Dufour, présidente d’Inversons la classe ! présente Marcel Lebrun

Cette typologie ressort assez nettement du travail mené par deux étudiantes de Marcel Lebrun sur la base de questionnaires remplis par des enseignants investis dans des pratiques de classe inversée. Il en a rendu compte lors de sa conférence et on peut en trouver les principaux résultats en ligne dans le diaporama qu’il a présenté lors de cette conférence.

Selon Marcel Lebrun, la pédagogie inversée touche au rapport qu’on entretient avec les savoirs : « Sont-ils dispensés d’en haut, par des clercs, des éveillés, des professeurs ? » Ou encore : « Parle-t-on d’un savoir qui a été découvert et qu’on ne peut que transmettre, ou sont-ce des inventions, dans une époque donnée, et alors les savoirs peuvent être récoltés par élèves eux-mêmes ? » Et entre les deux, il y a « les savoirs externalisés du cours et accessibles par les élèves ». On touche aussi aux rôles dans la classe : « L’enseignant doit-il prétendre tout savoir ? » Avec les classes inversées, on passe de « l’enseignant qui donne son cours » au cours dans lequel les étudiants participent, voire « construisent eux-mêmes le dispositif pédagogique dans lequel ils vont apprendre et faire apprendre aux autres étudiants ».

Une ouverture, un moment de partage

Avant Marcel Lebrun, prudente, Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale, avait annoncé être « venue par curiosité intellectuelle et par amitié pour les professeurs investis ». Mais si elle a déclaré ne pas voir dans la classe inversée « la solution ultime » elle y a décelé « une ouverture vers un fourmillement de possibilités pédagogiques », pour finalement ouvrir sur la perspective d’un « établissement inversé », en considérant que « ça ne doit pas être acte isolé mais une démarche collégiale ». Un point de vue pas très éloigné, au fond, de celui d’Héloïse Dufour, la présidente de l’association Inversons la classe ! qui organisait le CLIC : « Nous ne sommes pas dans un moment de glorification d’une pratique mais dans un moment de partage. »

Car l’un des intérêts de ces pratiques, c’est de renouer avec la réflexion pédagogique sur le travail scolaire des élèves, hors de la classe et dans la classe. Florence Robine a ainsi lancé aux participants : « Vous explorez le continent noir du travail personnel des élèves. » Même analyse du côté de Patrick Rayou, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8 et spécialiste des apprentissages des élèves, qui, après avoir enjoint les participants à « se méfier des modes », a souligné que la classe inversée réintroduit le travail des élèves dans la classe et, ainsi, met un terme à l’externalisation de toute une partie de leur processus d’apprentissage. Cela va, selon lui, bien plus loin que le cours dialogué.

Et si, selon le mot de Marcel Lebrun, les classes inversées permettaient d’ « explorer des pistes pour l’école de demain » ?

Cécile Blanchard

A lire également sur notre site :
Echos du congrès de la classe inversée
Par Sylvie Abdelgaber, Catherine Rossignol, Jean-Michel Zakhartchouk

Partager la classe inversée
Portrait de Christophe Le Guelvouit par Monique Royer

Inverser les pratiques
Le CLIC2015 vu par Roseline Ndiaye

Faire ses devoirs. Enjeux cognitifs et sociaux d’une pratique ordinaire
Recension de l’ouvrage dirigé par Patrick Rayou

Et pour aller plus loin :
Le blog de Marcel Lebrun et son diaporama présenté au CLIC2016.

Un storify réalisé à partir des tweets rendant compte de l’intervention de Florence Robine.