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Frontière et géographie

Photo : Fatima Jellaoui/EPPDCSI.
En ouverture de l’après-midi du T’educ organisé le 6 mai dernier à la Cité des Sciences, à Paris, à l’occasion de la très riche exposition « Frontière » inaugurée en avril 2026, une intervention stimulante de Michel Foucher, géographe et diplomate, auteur de nombreux ouvrages sur la question des frontières (en 2016, Le retour des frontières, CNRS) et qui fut enseignant.
Pour lui, la géographie est la science qui permet de décrire le monde et étudie « ce qui est cartographiable ». Mais il faut distinguer la carte objective de la carte mentale (celle qui est dans la tête de Poutine quand il intègre l’Ukraine à la Russie, celle du Groenland que Trump voit comme immense de par la projection de Mercator, si tendancieuse et « hémisphère nord centré »). La carte peut être un outil de construction nationale, avec ses biais et ses croyances.
Puis, il évoque la géopolitique, très à la mode actuellement, mais qui est trop souvent réduite aux « relations internationales » en oubliant « le terrain », la réalité concrète. Il faut en tenir compte dans l’enseignement, qui parfois est trop abstrait.
Aussi salue-t-il l’exposition de la Cité des sciences qui met au premier plan les réalités géographiques concrètes, même si l’histoire peut être prise en compte (dans la succession des cartes de l’Europe, par exemple depuis 1815, avec les variations de frontières).
La table ronde qui a suivi réunissait des enseignants du secondaire tous engagés et innovants. À commencer par Alexandra Rayzal, enseignante d’histoire-géographie en collège à Paris et présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques, qui a cocoordonné le n° 559 de février 2020, « L’aventure de la géographie ». Elle s’est demandé comment motiver les élèves en citant plusieurs témoignages présents dans ce dossier.
Une nécessité : pouvoir aller le plus possible sur le terrain, réhabiliter la carte à l’heure du GPS, mener des projets avec des ouvertures interdisciplinaires. Sans oublier la dimension citoyenne, les élèves étant sensibles aux injustices sociales (bien présentes dans l’exposition à travers les exemples des frontières mexicano-étasuniennes et entre le Vénézuéla et la Colombie).
Jean-Luc Mercier, professeur au lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), s’appuie aussi sur les parcours migratoires de ses élèves, qui relèvent d’une mobilité parfois incroyable. Il fait aussi travailler sur des photos riches en observations diverses, en lien avec ce thème.
Laurent Pech est également professeur de lycée et expose les nombreux outils numériques qui permettent de travailler sur le réel, même si rien ne remplace la sortie (qui peut faire découvrir des fractures sociales et des frontières entre deux mondes).
Ludovic Sidot, professeur à Sceaux et un des responsables de l’APHG, cite les mérites de l’interdisciplinarité. Dans l’exposition, par exemple, il est question du développement exceptionnel de la biodiversité dans la « zone interdite » de la frontière entre les deux Corée, et on voit là un lien entre géopolitique et SVT !
Tous soulignent la nécessité de rendre les élèves actifs et acteurs et de pouvoir pratiquer une géographie hors les murs, qui intègre aussi, mais pas seulement, l’environnement immédiat.
Michel Foucher, à la fin de cette table ronde passionnante, insiste sur les métiers liés à la géographie, des métiers d’avenir, ce qui peut aussi motiver les élèves dans des perspectives d’orientation. Seulement 20 % concernent l’enseignement. Il cite notamment la géomatique (outils et méthodes pour acquérir, représenter, analyser et intégrer des données géographiques), les métiers dans l’armée, au sein d’entreprises, etc.
Universcience organise autour de l’exposition des visites et des animations. À noter que cette exposition, comme l’ont expliqué les commissaires, a été préparée depuis deux ans, sans savoir à quel point, en ce printemps 2026, elle serait au cœur de l’actualité. Et même si on n’évoque pas le détroit d’Ormuz ou d’autres événements présents, elle peut permettre à des classes qui la visiteraient de mieux appréhender le monde contemporain.
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