Transfuge, quelle honte est la tienne ?

Publié le Lecture : 16 min

Peut-on souffrir d’être monté dans l’échelle sociale et en avoir honte ? Pourquoi, par rapport à qui ? Vincent de Gaulejac est un de ceux qui ont mis en lumière ces relations complexes entre les conditions sociales et la psyché individuelle. Il répond ici à nos questions.

La sociologie a, de longtemps, montré que l’école reproduit inconsciemment la structure sociale (dans le cas de la France, elle l’aggrave même). Peut-on dire que pour les enfants des classes populaires, elle engendre de la honte, aussi bien pour le petit nombre qui réussit que pour le plus grand nombre qui échoue ?

La violence symbolique à l’école, que Pierre Bourdieu a bien mise en évidence, est une combinaison entre la violence sociale (qui s’exprime par des processus d’humiliation, d’invalidation, d’exclusion) et la violence psychique (qui engendre une perte de confiance en soi, l’intériorisation d’une identité négative). La honte est un métasentiment qui s’agrège dans un amalgame de sentiments et d’émotions, mélange de culpabilité, rage, envie, haine de soi, etc. Elle cristallise des nœuds sociopsychiques qui peuvent perturber le développement psychique et mental.

Les élèves qui réussissent mettent en œuvre des mécanismes de dégagement face à la honte. L’ambition est une motivation puissante pour lutter contre le processus d’intériorisation de la honte. Le désir de revanche sociale est un aiguillon puissant. « C’est comme une claque que je leur foutais en pleine gueule », écrit Annie Ernaux à propos d…

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