Tordre le cou à l’adversité

Après dix ans d’enseignement en France dans des quartiers classés REP ou REP+, je suis désormais enseignante en Suisse, et j’ai pu, à ce titre, constater qu’on ne fait pas cours de la même manière à des enfants en situation de grande précarité et à des enfants qui jouissent d’une vie aisée. Dans les deux cas, ils restent disposés à s’émerveiller et curieux d’apprendre. Ils ont aussi tous des failles et des difficultés. Mais les différences entre ces deux publics m’ont montré l’impact patent de la pauvreté sur la scolarité des enfants.
La première différence se manifeste dans le rapport des familles à l’école. Pour les uns, elle n’est qu’une formalité, ou un élément familier bien connu, car ils jouissent déjà d’un fort capital culturel et d’une maitrise des codes de l’école. Pour les autres, il y a une méconnaissance, une gêne ou une attente puissante d’ascenseur social. En REP, nous faisions face à des familles en situation parfois très précaire : des familles expulsées de leur logement, qui se retrouvaient à la rue, dans le métro, dans les salles d’attente d’hôpital…
Quand cette information parvenait à nos oreilles, c’était branle-bas de combat. Ces familles avaient téléphoné tous les jours au 115