Regards croisés

Qu’est-ce que la culture professionnelle d’une entreprise peut apporter en passant dans l’enseignement ? Pas de recettes miracles et simplistes, mais au moins des interpellations fécondes.
De ma première rentrée en lycée en septembre 2010, je retiendrai toujours cette remarque d’un professeur de sciences économiques et sociales : « Ce que les inspecteurs aiment bien chez vous qui arrivez du privé, c’est que vous êtes corvéables à merci. » Corvéables. À merci. Nul besoin de souligner que cette remarque était doublement vexante : aptes à la corvée, mais pas qu’un peu : à volonté !
Cela dit, mon interlocuteur, à l’égal de tous mes autres nouveaux collègues, n’était pas en reste. Fraichement sortie du concours après quelques stages et un CDI dans le secteur privé, j’avais l’impression d’avoir atterri au royaume de la plainte, de la fainéantise et de la mauvaise foi. C’était quoi ce tas d’enseignants jamais motivés pour passer leurs cours au petit nouveau ? Seulement prêts à lui décrocher un sourire s’il voulait bien prêter sa voix au concert de « on nous en demande toujours plus », « t’as vu la classe que j’ai récupérée, pas besoin de se décarcasser : de toutes manières ils n’apprendront rien » !
Bref, monsieur vétéran des sciences économiques et sociales et moi, stagiaire de lettres modernes ultramotivée, nous étions tous les deux dans la caricature.
Ce qu’il y a de bien avec la caricature, c’est qu’elle permet de réfléchir. Quoi de mieux, en effet, qu’une catégorisation pour en questionner les frontières ?
Certes, la salle des professeurs apparaissait comme un grand défouloir. Ce que je ne savais pas, c’est que cette situation était à peu près la même dans tous les établissements et qu’il y avait donc une raison à cela ; que moins qu’un défouloir, il s’agissait d’une zone de parole, un sas de décompression dont j’allais également avoir besoin.
Certes, il y avait des classes dans le…