Quel(s) français en lycée professionnel ?

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Les programmes de français mis en place dans la voie professionnelle en 2019 et 2020 ont introduit une perspective d’étude spécifique à cette filière : « dire, écrire, lire le métier1 ». Sur le papier, cette nouvelle prescription s’articule avec les référentiels des enseignements professionnels et le déploiement de la co-intervention. Elle questionne donc l’histoire et les professionnalités liées à l’enseignement du français en lycée professionnel.

Un (dés)équilibre historique

Depuis plus d’un siècle, l’articulation entre connaissance et pratique de la langue française, développement des compétences langagières et objets d’étude adossés au patrimoine littéraire a connu des configurations variées dans l’enseignement technique puis professionnel. En effet, le français s’y est construit dans une triple tension structurelle : entre enseignements généraux et professionnels, entre insertion rapide sur le marché du travail et poursuite d’études post-baccalauréat, et entre disciplines dans le cadre de la bivalence2.

Ainsi, les professeurs de lycée professionnel qui enseignent le français sont majoritairement aussi chargés de l’histoire-géographie et de l’enseignement moral et civique3, ou, dans une moindre mesure, de l’anglais ou de l’espagnol.

Jusqu’aux années 1960, l’enseignement du français dans la filière technique est étroitement lié à l’enseignement primaire et au travail ouvrier. Avec la réforme Berthoin de 1959, il s’aligne progressivement sur les exercices proposés dans le second degré général et technologique, comme l’explication de texte ou le résumé-discussion. Une décennie plus tard, la discipline prend le tournant de l’expression et de l’information.

En 1995, les programmes mettaient sur le même plan œuvres patrimoniales et discours fonctionnels, mais ceux de 2009 ont fait disparaitre les références au monde professionnel au profit d’un ancrage dans la culture, les genres et les courants littéraires. Les programmes de 2019 et 2020 redonnent une place centrale à la composante professionnelle : ces évolutions rapides « peuvent nourrir l’insécurité didactique des enseignants4 ».

Les chercheurs et chercheuses en sociolinguistique, en analyse du travail et en sciences de la formation s’intéressent de plus en plus aux interactions orales et aux supports écrits en situation de travail, et aux manières de se les approprier en formation.

apprendre à écrire sur le travail

Dans le cadre du lycée professionnel, différents écrits témoins de professionnalisation, liés au parcours de formation des élèves, ont fait l’objet des recherches collaboratives [PRO] et [PRO]+, soutenues par le réseau des LéA-Ifé5 de 2020 à 2026. Car les obstacles à la production d’écrits longs, à la fois scolaires et professionnels, certificatifs et d’apprentissage, sont nombreux.

L’ingénierie didactique coopérative déployée par ce collectif de recherche a par exemple permis de mieux comprendre les attentes des enseignants et des professionnels en entreprise. Elle a ensuite soutenu l’expérimentation de nouvelles situations d’accompagnement des élèves à et par l’écriture, plus progressives et intégrées, aboutissant ainsi à des réflexions plus personnelles de la part des élèves6.

Le lycée professionnel permet donc aussi aux élèves de se confronter aux normes professionnelles qui règlent l’usage du français dans ce contexte non scolaire. Il s’avère également pour certains un espace d’apprentissage en, et surtout du français : les élèves allophones y mettent en place des stratégies de développement de leurs compétences linguistiques en classe, en atelier et durant leurs périodes de stage7.

Claire Ravez

Chargée d’études, service Veille et analyses à l’IFÉ-ENS de Lyon


Pour aller plus loin

Claire Ravez, « Le français : mode d’emploi d’une discipline scolaire », Édurevue n° 156, mars 2026. https://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/DA/detailsDossier.php?parent=accueil&dossier=156&lang=fr.


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