Orientation

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Couverture du HSN n° 55, Petit dictionnaire des mots de l’éducation

Un concept très vague et très précis à la fois.

Précis, c’est en effet un véritable objet d’éducation. L’orientation est apparue comme une fonction sociale en dehors de l’école dans la fin des années 30. Le système éducatif s’en empare lorsque le législateur décide de faire évoluer la méritocratie bien installée de l’école de Jules Ferry en une massification de l’enseignement. Il a fallu réfléchir à une gestion de ces nouveaux flux d’élèves. Il y a aussi des affectations en SEGPA, ULIS, UPE2A ou ITEP qui ne sont pas évoquées dans cet article car elles relèvent de l’inclusion scolaire qui est traitée dans une autre entrée du glossaire ; elles n’en sont pas moins un marqueur de parcours différent pour un grand nombre d’élèves malgré les progrès effectués sur ce sujet.

Le système éducatif s’est organisé comme toute bonne administration qui se respecte : qui dit « orientation » entend à présent « calendrier » avec des étapes très codifiées, des applications numériques qui « simplifient » le suivi des choix de chacun et enfin, des « procédures » réglementaires. Les applications numériques sont souvent l’objet de polémiques : APB ou Parcoursup, pour ne parler que des dernières, font beaucoup parler d’elles. Si elles permettent effectivement de recenser les choix des élèves, elles déplacent aussi le lieu du choix de l’orientation.

L’élève se retrouve chez lui, seul ou, s’il a de la chance, accompagné par des parents, devant un grand nombre de questions. Que vais-je devenir ? Quel métier ? Comment parvenir à ce métier ? Quelle voie ? Comment vais-je être choisi, quels sont les critères de sélection de l’enseignement supérieur ou d’une formation professionnelle post-bac ? Car, quoique l’on puisse dire, la massification de l’enseignement supérieur par le baby-boom des années 2000 a indéniablement introduit une notion de sélection dans l’entrée dans l’enseignement supérieur par manque de place dans certains établissements ou dans quelques filières professionnelles.

Le monde professionnel évolue lui aussi, le travailleur ne reste plus dans la même entreprise pendant l’intégralité de sa carrière ; il change de métier et se réoriente. La mobilité, l’adaptation, l’intelligence émotionnelle et les compétences transversales deviennent plus recherchées que de simples connaissances universitaires. Les parcours deviennent complexes, les possibilités et les moyens de parvenir à un métier de plus en plus nombreux.

L’affirmation de l’individu dans la société moderne a également un impact dans l’évolution du concept d’orientation : puisque c’est de leur enfant qu’il s’agit, les familles ne comprennent pas pourquoi elles n’ont pas le choix de ce parcours. Perdue dans la gestion des flux, des masses et des besoins de la nation, l’institution n’est pourtant pas prête à laisser chacun choisir son avenir et s’est longtemps estimée en mesure de mener à bien ce processus. Toutefois, incapable de promettre un avenir adapté à chacun, et ne voulant pas en assumer la responsabilité, le système a fini par laisser peu à peu la place à la famille. Elle demande alors aux acteurs, notamment aux enseignants et conseillers principaux d’éducation, d’accompagner le choix des enfants et de leurs parents. Ces derniers portent ainsi la responsabilité de la réussite et de l’échec de leur enfant, alors qu’ils n’ont pas toujours conscience du déterminisme social mis en évidence par les recherches sociologiques.

Ce n’est pas si simple

S’orienter ou être désorienté ?

Le dossier du numéro 504 des Cahiers pédagogiques « Le sens de l’orientation » pose déjà en 2013 la question l’adaptation de l’éducation à l’orientation aux besoins de chaque élève dans un système qui aiguille le plus souvent uniquement en fonction des résultats scolaires. Les auteurs montrent également que, depuis 1989, le processus d’orientation s’est accéléré : lorsque la reproduction des strates sociales allait de soi, l’élève avait un avenir tracé familialement. L’institution a reconnu à l’élève le choix de son avenir. En l’accompagnant par des cours « d’éducation au choix », puis par le suivi de son projet personnel, l’institution lui a parfois donné l’illusion d’être autonome dans son orientation.

L’évolution récente du statut des personnels en charge du suivi de l’orientation n’est pas neutre. Auparavant un « conseil » donné par un professionnel de la « psychologie » permettait à l’élève de faire des choix éclairés. À présent, les conseillers d’orientation-psychologues sont devenus des « psychologues de l’Éducation nationale » (psyEN). Et ce changement n’est pas neutre, le conseiller est devenu un professionnel qui accompagne le développement de l’individu comme le précise Bernard Desclaux sur le site des cahiers pédagogiques en juin 2017. Malgré tout, dans les faits, le suivi de l’orientation est effectivement mené entre la 3e et la seconde et depuis la réforme du lycée en fin de seconde. Une incertitude subsiste durant la période de transition : comment choisir lorsque l’on ne sait pas ce que va exiger le supérieur ? Le rôle de Parcoursup prend alors tout son sens : il fluidifie les flux dans une temporalité administrative qui s’accélère, d’année en année, pour être arrêtée à la fin du 2e trimestre de terminale.

Un grand flou

De quoi parle-t-on ? Pour certains, l’orientation est un processus qui permet à chacun de trouver sa place dans la société. L’Éducation nationale aurait alors trouvé dans ce concept une méthode efficace pour « classer » les individus dans des strates sociales. Pour d’autres, l’orientation est un cheminement qui permet au « citoyen en devenir » de choisir l’adulte qu’il sera : au-delà de la prédestination sociale, grâce à l’accompagnement de l’école, l’élève peut alors transformer ses rêves en réalité professionnelle ; il peut également réfléchir à sa vie et aux valeurs qui la porteront. Or, la gestion des flux par l’institution, parfois violente, dans une temporalité différente de celle des adolescents, ne permet pas toujours ce cheminement. L’orientation est alors subie, telle une mise à l’écart de la société, comme le décrivent de nombreux témoignages dans le hors-série numérique n°45 des Cahiers pédagogiques « Cheminement d’élèves et parcours avenir ».

Par ailleurs, l’élève n’est pas toujours au centre de décisions publiques. La carte de l’orientation devrait logiquement être en relation avec les bassins d’emploi et pourtant les décisions d’implantations reviennent aux collectivités territoriales qui sont parfois sur d’autres logiques que celles des professionnels de l’Éducation nationale. D’un autre point de vue, que dire de formations sans débouchés ? Pourquoi maintenir des élèves en bac professionnel Gestion Administration sans poursuite d’études ou d’insertion professionnelle après le baccalauréat ?

Ce grand flou persiste encore de nos jours : comment l’Éducation nationale peut-elle collégialement donner à chacun capacités et liberté d’agir mais dans un cadre institutionnel qui le contraint ? Qui est qualifié et compétent pour accompagner l’élève dans son cheminement ? Les professeurs dont le rôle est accru d’année en année ? Le professeur principal ? Le CPE ? Le psyEN ? Le conseil de classe ? Une application ? L’objectif est-il réellement pour l’institution de selon la formule d’Olivier Rey dans le dossier Hors-série numérique n°45 des Cahiers pédagogiques « permettre à tous de pouvoir prétendre à des parcours d’avenir désirables » ?

Peggy Colcanap
Principale adjointe de collège à Paris
POUR ALLER PLUS LOIN
Cahiers pédagogiques, hors-série numérique n° 45, « Cheminement d’élèves et parcours avenir », mars 2017.Cahiers pédagogiques n° 504, « Le sens de l’orientation », mars 2013.Cahiers pédagogiques n° 463, « L’orientation », mai 2008.