L’important, c’est l’obstacle
Dans un dossier des Cahiers en plusieurs volets, intitulé « Apprendre », Jean-Pierre Astolfi montrait en quoi il ne fallait pas éliminer ou contourner l’obstacle, mais au contraire l’affronter, condition pour apprendre « vraiment ».
Une chose qui m’a souvent frappé en analysant des séquences de classes enregistrées, c’est l’alternance imprévisible entre des moments où la tâche est facile, presque trop facile (tel exercice qui a été fait vingt fois et qu’il suffit d’exécuter de façon assez mécanique), et d’autres moments qui peuvent brusquement survenir, où tout à coup ça devient trop complexe et, du coup, démobilisateur pour les élèves.
Il y a longtemps que les études menées par le service statistique du ministère au nom si changeant (SEIS, Siges, Sprese, DEP) ont montré que, parmi tous les items proposés aux élèves lors d’évaluations sommatives à grande échelle, seul un petit nombre s’avère corrélé avec la réussite et l’échec scolaire, les autres étant assez généralement réussis (y compris par les élèves déclarés en difficulté), alors que c’est ce petit noyau d’items-là qui pose problème à tous (y compris aux réputés « bons »).
Il y aurait aussi, semble-t-il, deux manières symétriques de peu apprendre à l’école : c’est soit d’avoir à effectuer une tâche mécanique, susceptible de durer pour un incertain profit, soit d’être confronté à un problème infaisable sur lequel on peut tout autant gaspiller son temps.
Une question essentielle serait alors de bien savoir identifier ce qui est au cœur de ce que l’on veut faire apprendre aux élèves. C’est-à-dire ce qui constitue un obstacle franchissable, assez exigeant pour que la tâche soit intéressante, mais suffisamment bien calibré pour que le travail permette de parvenir à une solution positive. Je crois qu’on aurait tort de penser que les élèves, même ceux qui ne sont pas très bons, ne sont pas sensibles aux défis intellectuels qu’on peut leur proposer. À condition, évidemment, que ceux-ci soient à leur mesure et que, moyennant qu’ils s’y accrochent, ils aient une chance raisonnable de réussir. Je crois même qu’ils souffrent plus souvent qu’on ne le croit d’être aux prises avec des activités répétitives et ennuyeuses, sentant le déjà-vu et finalement dépourvues d’attrait spéculatif.
Une situation d’apprentissage véritable suppose ainsi, de manière simultanée et complémentaire, une déstabilisation (sinon, il n’y a rien vraiment à apprendre) et un point d’appui (sinon, on ne verra pas comment apprendre ce qu…