La peur d’enseigner

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À la « peur d’apprendre » de certains élèves correspond la « peur d’enseigner » qui conduit au laisser-aller démagogique ou au conformisme inefficace. Serge Boimare propose des pistes alternatives, et en particulier le « nourrissage culturel » et l’appui sur les aspects novateurs du socle commun.

On connait les analyses de l’auteur sur la « peur d’apprendre » vécue par un nombre important d’élèves, cette peur qui les conduit à l’échec et parfois à la violence, et au moins à l’agitation permanentes. Dans cet ouvrage très facile d’accès, Serge Boimare met en rapport celle-ci avec la « peur d’enseigner » qui peut en découler. Devant des enfants inattentifs, refusant le travail scolaire, inaccessibles aux exercices répétitifs dont l’inefficacité a fait ses preuves, l’enseignant éprouve la peur d’innover, de donner la parole, de changer sa manière d’enseigner et se réfugie dans des recettes du passé ou dans la démagogie, ce qui fait que la situation empire.

Faisant appel à son expérience personnelle, d’élève comme d’enseignant débutant, puis de psychopédagogue engagé, l’auteur propose des pistes pour contrecarrer la peur d’enseigner, utilisant à l’occasion des schémas très parlants et des recommandations concrètes et opérationnelles. Il suggère trois changements majeurs. D’abord, retrouver l’esprit d’initiative et de liberté pédagogique, en utilisant pleinement les possibilités offertes par les programmes officiels, même quand ils ne sont pas idéaux. Ensuite, instaurer cette heure de « culture humaniste » permettant ce qu’il appelle le « nourrissage culturel », qu’il prône à travers ses interventions nombreuses auprès des enseignants. Il donne ici des exemples d’utilisation des contes, comme il avait donné dans d’autres écrits des exemples d’étude de mythes. Enfin, il s’agit bien de travailler en équipe, en osant faire part de ses doutes et difficultés.

Tout le long du livre, Serge Boimare montre aussi la fécondité de l’idée de socle commun, de pédagogie différenciée et de projets pédagogiques et culturels, sait mettre en avant la nécessaire rigueur, le refus des dérives du puérocentrisme ou du manque d’exigence, et lutte constamment contre le pessimisme ou le maximalisme qui nous feraient croire qu’on ne peut rien faire tant que…

Un ouvrage engagé, qui peut toucher un large public et qui rejoint d’autres analyses plus détaillées ou fouillées, et qui surtout invite à l’action pédagogique, en particulier contre ces courants rétrogrades « qui bloquent les initiatives des professeurs et les encouragent à un conformisme pédagogique de mauvais aloi  ».

Jean-Michel Zakhartchouk

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