L’apprentissage des langues. Mythes et réalités

Publié le Lecture : 3 min

Un passionnant petit ouvrage, fort bien construit, dû à la plume claire et nuancée d’une spécialiste des langues et d’un chercheur en psychologie cognitive. Les auteurs analysent diverses idées trop communément admises autour des langues : il est très positif de faire un séjour à l’étranger, de regarder des films en VO, d’utiliser des outils numériques, de commencer précocement l’apprentissage, de se servir des dernières avancées des neurosciences qui nous disent que… Ou encore que les français sont nuls en langues ou qu’en langues, on est doué ou pas, on a une « oreille » ou pas, etc. Mais ce qui est vraiment original, c’est que ces différentes idées ou poncifs ne sont pas pour autant « démolies », les auteurs les examinent avec soin, en citant de très nombreuses recherches qui aboutissent parfois à des conclusions contradictoires. Le maître mot du livre est peut-être « si les conditions sont réunies ».

Oui, l’utilisation d’enregistrements que l’on peut réécouter sur un smartphone peut être fructueuse, mais il faut disposer d’un niveau minimum pour que ce soit le cas. Oui, séjourner à l’étranger peut être très formateur, mais là encore, il faut certaines conditions. Chaque chapitre est construit selon le même schéma : l’énoncé de l’idée, un petit panorama de recherches, des exemples d’expérimentations, et une conclusion. Ce qui ressort aussi, on pouvait s’en douter, c’est qu’il n’y a pas de recette magique, mais aussi qu’il faut avant tout diversifier les pistes, combiner par exemple l’explicite (analyse, observation des structures linguistiques) et l’implicite (l’immersion), l’oral et l’écrit, savoir aussi ne pas transposer ce qui vaut pour des adultes ou des immigrés à des situations de classe. Une chose apparait en revanche assez claire : le stress, la part trop grande prise par l’évaluation sommative qui entraine la peur de l’erreur, l’approche déductive stricte, tout cela constitue bien des obstacles à un apprentissage vivant et progressif des langues. Et comme le disent bien les auteurs en conclusion : « le croisement des méthodologies et des disciplines : linguistique, psycholinguistique, sciences de l’éducation, neurosciences [fait qu’elles] s’interrogent, se répondent et éclairent sous différents angles l’objet si soumis aux aélas des contextes qu’est l’apprentissage d’une langue étrangère. »

Jean-Michel Zakhartchouk

    À lire sur "Nous avons lu"

    L’École face à l’IA. Faire le choix de l’intelligence pédagogique

    Jean-Michel Le Baut, ESF Sciences humaines, 2026 Avec L’École face à l’IA, Jean-Michel Le Baut signe un ouvrage précieux, à la fois clair, engagé et pédagogique avant tout. À rebours des discours catastrophistes comme des enthousiasmes naïfs, il propose une voie exigeante : en faire un objet de formation, de réflexion et de transformation de l’école. […]

    Publié le 18 septembre 2026 Par Julie Higounet 11 min
    Éloge de la Bartasse. Le hors sentier comme pratique pédagogique

    Ce livre très accessible nous invite à porter le regard sur la bartasse, « broussaille » en occitan, terme de la même famille qu’école buissonnière (p. 13). Bartasser, c’est-à-dire sortir du chemin sans crainte de traverser buissons et broussailles, a longtemps été nécessaire pour guider un troupeau, ramasser des champignons, etc.

    Publié le 9 septembre 2026 6 min
    Des enfants instruits. Réconcilier l’école et la culture

    Lorsqu’on est las des diatribes contre les soi-disant « pédagogistes », responsables de tout ce qui va mal à l’école et qualifiés d’assassins de la Culture, et ceci à coup d’insultes et parfois de menaces, cela fait plutôt du bien de lire les propos de Denis Kambouchner, avec qui nous avons dialogué dans le passé.

    Publié le 9 septembre 2026 8 min