Interdisciplinarité

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Couverture du HSN n° 55, Petit dictionnaire des mots de l’éducation

Pratique d’enseignement associant deux ou plusieurs disciplines scolaires, en interaction les unes avec les autres, en vue de construire des apprentissages complexes. On peut la différencier de la pluridisciplinarité, qui juxtapose des contenus disciplinaires, sans véritable mise en relation entre eux et de la transdisciplinarité qui cherche à transcender les disciplines comme c’est le cas dans les « éducations à », qu’il s’agisse de la citoyenneté, des médias ou du développement durable.

L’interdisciplinarité n’est donc pas une accumulation de savoirs issus de différentes disciplines, mais bien l’interaction qui existe entre ces savoirs, pour les enseignants comme pour les élèves.

L’enjeu de l’interdisciplinarité est bien le dialogue entre les disciplines, le croisement et l’interaction entre différentes didactiques disciplinaires, ce qui présuppose de la part des enseignants qui s’y essayent une bonne maîtrise de la didactique de leur propre discipline. Chacun doit reconnaître ses contenus, ses démarches, ses spécificités, mais aussi en découvrir de nouveaux aspects au contact d’autres logiques disciplinaires, dans le cadre d’une action réciproque.

Ce n’est pas si simple

Plutôt que des didactiques disciplinaires à croiser, n’y aurait-il pas une véritable interdidactique à inventer pour certains objets de savoirs partagés, comme l’histoire des arts ou l’éducation au développement durable ? Pour Jean-Charles Chabanne, l’histoire des arts relève en effet de l’interdidactique « en cela que des disciplines habituellement disjointes doivent se partager un même enseignement, sous des formes qui restent à inventer, où les objets sont enseignés dans des cadres épistémologiques différents et des espaces-temps didactiques disjoints ».

On peut donc dire que c’est au carrefour de ces disciplines que la question de ce qui définit chacune d’elles se pose avec le plus de force. Et c’est dans les marges qui existent autour des disciplines que s’implante le mieux cette notion d’interdisciplinarité.

L’interdisciplinarité est un dispositif régulièrement prescrit par les instructions puis abandonné sans véritable évaluation nationale sur son efficacité. Jean-Michel Zakhartchouk, dans un article du numéro 521 des Cahiers pédagogiques recense les différents dispositifs interdisciplinaires prescrits depuis 1945 : citons entre autres les « Dix pour cent » en 1973, qui permettent notamment le décloisonnement des disciplines 10% du temps scolaire, les thèmes transversaux en1985, les parcours diversifiés en 1995 en classe de 5e et de 4e, vite abandonnés, les travaux croisés en 1999, pour la classe de 4e, les travaux personnels encadrés mis en œuvre suite à la grande concertation lycéenne de 1998, les itinéraires de découverte en 2002, et plus récemment, les EPI dans le cadre de la réforme du collège de 2015.

On peut s’interroger sur la difficulté de ce type de dispositif à prendre racine dans les pratiques quotidiennes des classes. Est-ce dû à la formation disciplinaire des enseignants ? Au manque de temps de concertation mis à disposition des équipes ? Au manque de formation didactique et pédagogique sur ce thème ? Au manque de souplesse des emplois du temps ? Claude Lelièvre, dans un article de ce même n° 521 avance une autre raison : il interroge la hiérarchie plus ou moins implicite des disciplines les unes par rapport aux autres et leur capacité à se mettre au service d’un savoir qui les transcenderait.

Au delà de ces considérations disciplinaires, l’interdisciplinarité a pour objectif de donner du sens aux apprentissages et au monde qui entoure les élèves, puisque toute situation réelle est rarement mono disciplinaire. Edgar Morin définit l’interdisciplinarité comme « la communication entre des enseignants sur des objets communs que chacun peut éclairer différemment afin d’arriver à un point de vue multidimensionnel, voire complexe de l’objet » (n° 521).

La « forme scolaire » qui repose depuis plusieurs siècles sur la référence à des disciplines scolaires elles-mêmes liées à des disciplines universitaires constitue l’obstacle majeur au passage à l’interdisciplinarité. Travailler la mobilisation des ressources d’une discipline à l’autre ne peut s’envisager qu’à partir d’un projet qui nécessitera la coopération entre plusieurs enseignant·e·s pour atteindre un but de production matérielle ou immatérielle

Citons quelques exemples de projets interdisciplinaires complexes menés dans le cadre des EPI au collège : en classe de 4e, on peut amener les élèves à s’interroger sur la manipulation par l’image qui est faite dans notre société, en y associant des disciplines artistiques et littéraires, ou encore la documentation, pour apprendre à lire une image, sa légende, son contexte et en comprendre l’enjeu recherché par son créateur, mais également des disciplines scientifiques et technologiques pour en étudier l’utilisation dans notre société et nos nouveaux modes de communication. En classe de 3e, on peut amener les élèves à interroger leur usage des nouvelles technologies ou encore à comprendre les flux migratoires actuels, à travers des lectures, des témoignages, des productions artistiques qui permettront aux élèves, par le croisement des différents savoirs abordés dans différentes disciplines, d’appréhender un peu mieux la complexité du monde qui nous entoure. C’est là l’enjeu majeur de l’interdisciplinarité

Car, à la croisée des disciplines, on trouve des élèves qui comprennent mieux les liens entre les savoirs et qui accèdent plus durablement à la conceptualisation. Des élèves qui donnent du sens à leurs apprentissages et qui se constituent des ressources pour faire face à des situations complexes inédites. Des élèves qui, sans uniformiser leurs réponses aux questions qu’ils se posent, comprennent les spécificités de chaque savoir et la façon de les imbriquer les uns aux autres.

Dans le premier degré, l’interdisciplinarité peut sembler plus simple à mettre en place, à travers la pédagogie de projet, en raison de la polyvalence des professeurs des écoles, même si cette polyvalence n’est qu’un masque qui dissimule mal une pluridisciplinarité renforcée par les programmes publiés depuis 2017. Au collège, depuis la réforme du collège en 2015, les pratiques interdisciplinaires s’intègrent dans les EPI eux aussi peu encouragés depuis 2017 ou à travers la pédagogie de projet laissée à la libre initiative des enseignantes et enseignants. On peut se demander si la réforme du lycée professionnel et les nouveaux dispositifs de co-intervention favoriseront à leur tour cette démarche riche de sens pour des élèves souvent loin des préoccupations de l’école.

Céline Walkowiak
Professeure de français en collège à Loos-en-Gohelle
POUR ALLER PLUS LOIN
Francis Blanquart et Céline Walkowiak, Réussir l’école du socle : En faisant dialoguer et coopérer les disciplines, ESF, 2013.Cahiers pédagogiques n° 521, « Croiser des disciplines, partager des savoirs », mai 2015.Jean-Michel Zakhartchouk, « Un objectif fédérateur : former le jugement critique », Cahiers pédagogiques n° 521, « Croiser des disciplines, partager des savoirs », mai 2015, en ligne, http:// www.cahiers-pedagogiques.com/Un-objectif-federateur-former-le- jugement-critique.

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