Héritocratie, les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870–2020)

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Paul Pasquali, La Découverte, L’envers des faits, 2021.

Et si l’on supprimait l’ENA ? Cette annonce d’Emmanuel Macron en plein contexte des gilets jaunes ne saurait nous surprendre à la lecture de cet ouvrage de Paul Pasquali. Sociologue, chargé de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), spécialiste de la mobilité sociale, l’auteur déconstruit, pas à pas, dans son dernier ouvrage le mythe des grandes écoles à la française, symboles d’une école républicaine fondée sur le mérite et l’égalité des chances. Qu’ils s’agisse de l’ENA (École nationale de l’administration), de Polytechnique, de Sciences Po ou encore de l’ENS (École normale supérieure), elles feront, toutes et dès le départ, l’objet de sévères critiques pour leur manque de mixité sociale.

Sur plus de 150 ans d’histoire, l’auteur mène l’enquête au cœur même de ces institutions. De réformes en réformes, prises entre contradiction et réalité, elles n’auront de cesse de préserver voire même de renforcer leur suprématie tout en affichant, surtout ces dernières années, leur volonté d’ouverture. Nombreux de ses membres seront à l’initiative de ces réformes tandis que d’autres seront les fervents défenseurs d’une « école d’excellence basée sur la volonté et le travail ». Entre l’énarque de gauche devenu ministre enclin à la réforme et l’énarque de droite plus conservateur, que de combats politiques de l’entre soi !

Paul Pasquali offre ici l’histoire exemplaire d’un modèle de reproduction sociale à la française telle une épopée vers plus de justice sociale. La conclusion est sévère mais l’analyse implacable. Le mérite ne se gagne pas, il s’hérite. Il est l’aboutissement d’une construction sociale incarnée par une classe dirigeante qui sait à la fois résister et se structurer pour défendre ses intérêts, tout en laissant croire qu’il n’existe qu’un seul modèle du mérite, basé sur la compétition par le biais des concours et des classements. Moins qu’une critique, l’auteur nous propose une perspective à penser sur l’école et ses modèles.

Véronique Manenti

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