Enseigner l’EMC à l’école. Former les citoyens de demain : histoire, enjeux et apprentissages

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Benoit Falaize, Retz, 2023

L’enseignement moral et civique, ça vaut la peine ? A ceux qui se posent la question, à ceux qui refusent le prêchi prêcha  bienpensant ;  à ceux qui craignent que le « retour de la morale » soit une modalité perverse de la « guerre aux pauvres ; à ceux pour qui ce n’est pas à l’école de lutter contre tous les maux de la société ; à ceux pour qui il faudrait que les politiques fassent leur travail et nous laissent faire le nôtre ; à ceux pour qui c’est par l’acquisition des savoirs et de la culture (le français et les maths, l’histoire, les sciences ; l’EPS…) et par la vie en commun que l’on apprend à vivre en société ; à ceux qui désespèrent que chaque ministre ajoute ou modifie les programmes avant qu’on ait eu le temps de s’approprier les précédents ;  à ceux qui ne savent pas comment s’y prendre dans le monde d’aujourd’hui… A tous ceux-là et à ceux qui, comme moi, ont besoin de lire sur ce sujet des choses justes, simples et fortes et de se dire en les lisant « voilà c’est exactement cela, pour cela et comme cela qu’il faut enseigner l’EMC à l’école ! » : lisez d’urgence ce livre de Benoit Falaize ! Ces 90 pages vous donneront ou redonneront l’envie et les moyens d’exercer « la grande affaire de l’école » : former des citoyens.

Ce sont tout d’abord 40 pages qui parcourent l’histoire de cet enseignement singulier en montrant qu’il a toujours été traversé par une tension entre un projet de contrôle, d’encadrement des enfants à risque, d’inculcation de la morale et de la règle comme un catéchisme et un projet d’émancipation et de responsabilisation démocratique à travers l’apprentissage du « penser par soi-même ». Le second projet porté par Condorcet, Ferdinand Buisson, Pauline Kergomard, Célestin Freinet et tant d’autres est au fondement de la dénomination et du programme d’enseignement moral et civique de 2016 qui se rapproche certainement le plus des pistes proposées par Benoit Falaize.

La suite de l’ouvrage dit de façon synthétique et rigoureuse ce que sont ces valeurs et ces principes de la République que l’EMC est censé transmettre : simplement les termes de la devise « liberté, égalité, fraternité », le principe de laïcité tout entier dans ce que la loi de 1905 avait posé, tout l’inverse d’un principe discriminatoire et liberticide, la démocratie enfin.

Le dernier tiers du livre présente des pistes pour organiser le travail des enseignants et des élèves : il revient sur les quatre axes qui organisent le programme (sensibilité, jugement, règle et loi, engagement) et évoque quelques modalités familières à nos lecteurs (débats, dilemmes moraux, projets, etc.) en terminant par un plaidoyer pour un changement de posture et une éthique professionnelle qui passe par l’incarnation des valeurs par l’école et les enseignants : ce changement-là, l’éducation nouvelle y contribue depuis un siècle. Sans relâche. Cela vaut la peine.

Yannick Mével

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