Enseigner l’écriture

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Florence Bara, Jean-Luc Velay, Marie-Thérèse Zerbato-Poudou, Retz, 2025

Voici un nouvel opus indispensable de la collection Mythes et réalités, dirigée par André Tricot : deux autrices et un auteur pour neuf affirmations prégnantes dans la culture professionnelle de l’enseignement de l’écriture. Il s’agit de l’écriture au sens de l’apprentissage des gestes graphiques à l’école primaire. C’est une lecture stimulante pour tout enseignant certain que l’écriture n’est pas une simple « technique » mais un vecteur de pensée et d’apprentissage, et profitable pour toutes celles et ceux qui n’en seraient pas encore convaincus.

Neuf passages au crible des recherches récentes, qui sont des prétextes utiles pour réinterroger les habitudes et impensés en la matière, qu’on répète, auxquelles on croit, qu’on transmet plus ou moins implicitement, sans réelle solide formation initiale et continue, soit dit en passant.

À chaque fois, le même procédé propre à la collection : un mythe courant, une analyse serrée et actualisée des résultats scientifiques, puis des pistes pour la classe.

L’ouvrage ne se contente donc pas de déconstruire. Bien heureusement, il va plus loin que le simple état des lieux. Il donne de solides éclairages et éclaircissements. Chaque chapitre contient des propositions. Parmi elles : varier les supports (du tableau à la tablette), ritualiser la présentation des lettres, travailler le ductus1 sans rigidité, accompagner les gauchers au lieu de les contraindre. Pas de recettes miracles, mais des gestes simples qui redonnent de la cohérence et de la réflexivité à la pratique.

Le livre aborde aussi des questions souvent évitées : le genre et l’écriture. Si les filles semblent plus appliquées, c’est aussi parce qu’on attend d’elles du soin, quand les garçons sont davantage jugés sur le contenu. Les gauchers, eux, ne souffrent d’aucun handicap naturel mais restent confrontés à du matériel ou des consignes mal pensées pour eux. L’ouvrage ne fait pas non plus l’impasse sur le spectre du presque tout numérique. Pas de prophétie apocalyptique : face aux claviers, l’écriture manuscrite garde des bénéfices cognitifs bien établis par la recherche : activation cérébrale, mémorisation, ou encore reconnaissance des lettres.

Ce livre n’a rien d’un manuel de recettes. C’est une boite à outils critique : il déstabilise sans désarmer. On en sort avec moins de dogmes pédagogiques (entre autres : « Les exercices graphiques sont indispensables », « La copie des lettres est incontournable » et même « Il faut tenir son crayon à trois doigts et se tenir bien droit »), mais avec de nouvelles raisons de regarder autrement les gestes quotidiens d’écriture.

Et surtout, il arrive à point nommé. Alors que les prescriptions officielles rappellent justement l’importance de l’écriture manuscrite, que les débats sur le numérique saturent l’espace médiatique et que les enseignants réclament des repères solides, cet ouvrage trace une voie médiane : pas de nostalgie, pas d’enthousiasme béat, mais une exigence de lucidité et d’outillage. On n’y trouve pas de solution toute faite, mais une invitation forte à repenser explicitement l’écriture à l’école : pas de méthode(s) mais de la méthode, pour donner envie d’ouvrir le débat en salle des maitres et des maitresses plutôt que de le clore à coups de certitudes.

L’écriture, rappellent enfin les autrices et l’auteur, n’est ni un vestige ni un simple outil. Elle reste une fabrique de pensée. Et dans un monde où la voix dicte déjà aux machines, il n’est pas inutile de rappeler aux élèves, et à nous-mêmes, que tenir un crayon, ce n’est pas seulement tracer des lettres : c’est encore, et toujours, apprendre à penser.

Ben Aïda

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