Enseigner le français en milieu populaire

Publié le Lecture : 15 min

Enseigner le français pour donner aux jeunes des milieux populaires, enfants des dominés, les moyens de conquérir leur part de pouvoir et leur place dans une société toujours aussi inégalitaire.

Choisir d’être enseignant, du moins à l’époque d’espoir post-soixante-huitard où je le suis devenu, semblait relever d’une vision simple, que je juge évidemment aujourd’hui naïvement simpliste : l’école devait enfin être le lieu permettant aux enfants des dominés de la société de trouver une place égalitaire, pour autant qu’on leur en donne les moyens. Enseigner le français faciliterait même cet engagement au service du bouleversement social. Ayant eu la chance d’être nommé dans des établissements ruraux dans un premier temps, puis en zone d’éducation prioritaire pour l’essentiel de ma carrière, j’ai pu mesurer combien le combat pour lequel je m’étais enrôlé est toujours d’actualité.

Il n’est pas nécessaire d’avoir fait de longues études de sociologie pour constater que le second degré est immuablement construit à l’image et au profit des enfants de la classe dominante. C’est à eux que le collège, et le lycée d’enseignement général plus encore s’adressent en premier lieu : connaissances, références, usages, types de validation renvoient aux pratiques ayant cours dans un milieu spécifique auquel les enseignants appartiennent eux-mêmes à l’issue de leurs études. Dès lors, c’est à la trahison de ce contexte que doit tenter de s’attacher celui qui …

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