Écrire, c’est former et transformer sa pensée

Publié le Lecture : 15 min Par Jean-Pierre Astolfi

Une lumineuse préface à l’ouvrage de Rolande Hatem Écrire et réécrire dans toutes les disciplines, paru à l’ex-CRDP d’Amiens en 2006, où l’on peut lire en creux la conception qu’avait Jean-Pierre Astolfi de l’écriture, comme dit plus haut dans ce dossier.

Non, on ne peut pas apprendre sans écrire. Mais il faut s’entendre sur ce qu’on appelle écrire. Car l’écriture est trop souvent envisagée comme la simple transcription sur le papier de ce qu’on avait déjà dans la tête. Or, elle n’est pas une simple gravure de l’oral, dont il faudrait seulement soigner la réalisation pour mettre le texte dans une bonne forme, en respectant des codes rédactionnels normatifs. L’écriture n’est pas le reflet d’une pensée déjà prête. Si elle suppose effectivement une certaine mise en forme, c’est d’abord de celle de l’esprit qu’il s’agit. Autrement dit, elle relève de l’aventure intellectuelle, bien plus que de la police de la page et des bonnes manières. On n’en ressort jamais indemne, au bon sens du mot, car elle est un transformateur cognitif de premier ordre, comme aime à dire (à écrire) Élisabeth Bautier.

Car l’écriture relève d’une diversité de fonctions, souvent simultanées et enchevêtrées. Son rôle n’est pas seulement (ni sans doute même d’abord) de conserver des traces ou de faciliter la communication avec autrui, car elle opère d’abord sur le scripteur lui-même. Elle manifeste quelque chose qui n’était pas déjà virtuellement là, mais elle s’élabore (et même se « perlabore ») au cours du processus. Il m’arrive souvent d’être surpris par ce qui advient sur la feuille ou sur l’écran. Certes, c’est bien la conséquence directe de ma scription motrice (ou de ma saisie informatique) et de rien d’autre, mais je ressens que quelque chose me dépasse. « Ça écrit », comme…

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