Deux et deux quatre
Comment enseigne-t-on le calcul mental aujourd’hui dans nos classes ? Comment nos élèves construisent-ils ou non leurs connaissances dans ce domaine dès leurs premières années de scolarisation ?
« Deux et deux quatre, quatre et quatre huit, huit et huit font seize… répétez, dit le maitre », écrivait Prévert en dénonçant l’ennui de méthodes d’enseignement du calcul mental, désormais révolues. De fait, nos observations dans les classes montrent une insatisfaction générale dans l’enseignement du calcul mental. Les séances régulières, courtes et dynamiques, organisées sous la forme de contrôle écrit ou par l’ardoise avec le procédé dit de la Martinière, ou bien encore du greli-grelo 2, sont-elles suffisantes pour enseigner des compétences liées au calcul mental ? Assurément non. L’objectif étant d’appliquer une technique, de mémoriser des résultats ou de vérifier le niveau d’acquisition. Ces scénarios d’apprentissage du calcul mental sont davantage concentrés sur l’interrogation régulière et répétitive des élèves que sur le questionnement de leurs procédures et de leurs stratégies. Ainsi, les élèves qui utilisent des automatismes erronés, ou des recompositions numériques couteuses en temps, ne peuvent que difficilement progresser. Ces scénarios stabilisent et renforcent les connaissances des élèves qui sont en réussite, mais produisent l’effet inverse chez les élèves moins habiles, où la démotivation peut s’installer progressivement par un ancrage durable de l’erreur dans la mémoire ou la procédure usitée de l’élève.
Les résultats aux évaluations institutionnelles (CE1/CM2) révèlent une maitrise peu automatisée des résultats de calculs élémentaires, sans que cela nuise à la réussite du parcours scolaire. Si la mémorisation des relations numériques élémentaires n’est pas maitrisée pour un certain nombre d’élèves de 6e, tous ne sont pas dits en « difficulté scolaire » dans les bulletins de notes ou les portefeuilles de compétences. Mais la non-maitrise des relations numériques élémentaires (combien font 8 + 6 en utilisant le surcomptage un à un, à partir de 8, en comptant deux fois huit, ou bien encore à partir du surcomptage de 6 ?) n’est pas forcément synonyme de parcours scolaire chaotique ou rallongé. Parmi les élèves de 6e, certains ont des procédures de recomposition de ces résultats élémentaires automatisés.
Autre constat, un manque de flexibilité mentale dans les procédés dits d’inhibition. Dans les milieux socioculturels défavorisés des publics accueillis en réseau Éclair, l’enfant est confronté très tô…