Cultiver la relation entre l’enfance et la nature : de l’éloignement à l’alliance

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En cette période d’intense pandémie mondiale du COVID-19 durant laquelle nos modes de vie sont plutôt rivés sur les écrans des ordinateurs pour des raisons sanitaires, ce livre comme essai sur « renaturer l’enfance » m’extrait doucement de cette réalité virtuelle. Il tombe à pic dans un environnement éducatif qui se repose des questions sur le rapport des enfants à la nature, à l’observation de l’environnement, à l’expérimentation. De ce que les enfants apprennent « en donnant chair à l’environnement » (en préface, Dominique Cottereau, p.7) et « en renouant leur interdépendance sur et avec la Terre » (p.15).

Comment les enfants sont-ils mobiles et (dés)investissent les espaces publics, ces derniers étant plus ou moins accueillants à leurs besoins, laissant une marge plus ou moins grande d’autonomie aux enfants afin qu’ils s’adonnent au jeu, voire au repos ? L’auteure fait appel à des recherches des historiens de l’enfant, aux anthropologues et aux urbanistes pour nous esquisser les changements qui se sont lentement opérés dans les modes de vie et de déplacements dans une ville, les dangers de plus en plus présents concernant la circulation. La vie de l’enfant est de plus en plus retirée dans des espaces clos, sécurisés et principalement à l’intérieur. L’urbanisation a des effets accompagnés par une quête de sécurité physique, psychique et affective (une surveillance en vue du risque zéro ou « effet parapluie »). De même, l’éloignement du monde paysan, de ses réalités et ses temporalités affaiblit le sentiment d’appartenance à un même monde, ou le sentiment d’attachement à une même Terre.

On passe progressivement d’une « culture de la rue » à un espace très sécuritaire avec « ses enfants hors-sol ». Des recherches citées dans l’ouvrage mettent en évidence que les représentations de la nature ont même diminué dans les dessins animés (« Les représentations de la nature se simplifient-elles depuis 70 ans ? Anne-Caroline Prévot, Société française d’écologie, 24 avril 2014). Les enfants semblent marcher de moins en moins, leur environnement le plus proche, c’est-à-dire leur chambre, que l’on investit de plus en plus, esthétiquement aussi, comme espace sécurisant, et leurs écrans deviennent parfois leur unique espace d’exploration. Dans l’espace scolaire aussi, une diminution des sorties, des camps, « des classes vertes », en lien avec la nature, dans la nature mais accompagnée par une « valorisation des dimensions intellectuelles », et une culture de « renfort de compétences scolaires » profitable « à une carrière d’élève » sans perte de temps à ce type de pratiques de « jeu dehors » (p.52).

De même, une thématique émerge du lien possible entre la santé et l’investissement de la nature par les enfants, comme par exemple les troubles de la vision comme la myopie dus au manque de perspectives de vue lointaines. Que « la dose quotidienne de nature » (p.59) serait bénéfique au bon développement de l’enfant. Bien que les camps de vacances, les activités de scoutisme ou encore les colonies restent des lieux d’expérience de vie collective dans la nature et apportent leurs lots d’apprentissage, mais ils restent inaccessibles à bon nombre de jeunes qui passent leurs vacances à domicile. L’auteure insiste sur le rôle de l’adulte, sur son propre rapport à la nature qui influence et qui se présente ou non comme « un passeur de nature » (p.77).

En ce qui concerne l’école, la complémentarité éducative entre le dehors et le dedans devrait être recherchée de plus en plus. « Vivre plus dehors ne signifie pas moins d’apprentissages. Vivre plus dehors, c’est se donner les chances de multiplier les points de vue, les points d’ancrage, pour peut-être mieux apprendre dedans. L’accès par le sensible permet alors l’accès au sens » (p. 86). Des écoles ont priorisé cette approche dans leur pédagogie et organisation du travail scolaire : « La ferme des enfants » de Sophie Rabhi, « L’école du Colibri » d’Isabelle Peloux, les « forest school » au Danemark, « l’école maternelle Jacqueline » à Strasbourg, « l’école des Géraniums » de la Duchère à Lyon, ou encore d’une manière différente à la Freinet qui apporte la nature en classe : « Pour les jours où il est impossible de nous rendre en milieu naturel, surtout lorsqu’il se trouve séparé de l’école, nous aurons dans une classe – comme dans la réserve des enfants – un coin de nature qui en sera l’image : sable, graines, plantes et fleurs en caisses et en pots, petit élevage : poissons, insectes et, si possible, cochons d’Inde, poule, chèvre. » (Célestin Freinet, Pour l’école du peuple, Paris, Editions Maspero, 1969, p. 36.). C’est aussi un autre point de vue sur le goût, sur la nourriture, sur le jardinage, sur l’expérience sensible du toucher des diverses matières de la nature.

En fait, l’auteure nous rappelle une urgence, comment renouveler une « étude du milieu » comme le disait Célestin Freinet, comme priorité pour reprendre contact avec la Terre, renaturer nos vies d’enfants et d’adultes face à une civilisation où la nature, par son dérèglement se rappelle à nous tous indistinctement et avec violence tous les jours et partout dans le monde.

Andreea Capitanescu Benetti

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