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N° 528 - Mettre en œuvre les EPI

Ma première semaine interdisciplinaire

Alexandre Balet

Dans cette deuxième contribution de l’équipe du collège Clisthène, après celle d’Anne Hirrbarren sur le fonctionnement des semaines interdisciplinaires, forme possible des EPI, détaillé dans la revue papier, Alexandre Balet, nouvel enseignant dans cette structure scolaire innovante, fait le récit de sa première SID à la rentrée 2015.

Au menu, pour cette première de l’année, un thème commun défini collégialement avec l’équipe éducative lors de la prérentrée : «  Jardin (s)  ». La semaine doit s’articuler autour de trois invariables : cours disciplinaires et interventions en rapport avec le thème ; production menée en groupes mixtes et multiâges (les groupes de SID) ; enfin, une présentation orale du travail de chaque groupe d’élèves devant leurs pairs et un binôme d’enseignants.

Faire sauter les verrous et ouvrir la parole

L’objet jardin n’est traditionnellement pas au cœur des enseignements dispensés au collège, mais ce thème a été retenu, car il entre directement dans le processus de compréhension du monde dans lequel les enfants vivent : un jardin planétaire, caractérisé par l’émergence d’une société du savoir et par une complexité croissante. Un monde qui s’accommode mal d’une appréhension par des disciplines cloisonnées qui souvent s’ignorent. En traitant de l’objet jardin, l’on permet aux élèves de soulever de nombreux sujets : l’identité, la culture (dans tous les sens du terme), mais aussi la biodiversité ou le paysage. Il s’agit aussi de travailler des capacités essentielles pensées dans une progressivité de la 6e à la 3e : situer dans le temps et dans l’espace, décrire, nommer, expliquer, interpréter, critiquer.

La diversité des interventions disciplinaires proposées par les enseignants doit permettre aux élèves de définir les facteurs de développement et de croissance des plantes (sciences de la vie et de la Terre, 6e), de travailler les notions d’échelle et de symétrie (mathématiques, 5e), de représenter le jardin (arts plastiques, 4e), de confronter les différentes représentations du jardin dans les textes fondateurs (français, 3e). Autant d’interventions conçues individuellement, mais articulées autour d’un projet commun qui met en relief leur apport respectif. Des temps indispensables qui viennent nourrir la réflexion des groupes de SID composés d’élèves des quatre niveaux du collège. Alors que les plus jeunes travaillent de manière privilégiée sur la biodiversité et les capacités «  situer  » et «  décrire  », les plus grands aiguisent leur esprit critique en confrontant différentes visions d’un même objet, en cherchant à interpréter et à donner du sens aux enseignements reçus. Voilà de quoi favoriser les échanges et l’enrichissement mutuel entre des élèves tournés vers un même objectif.

Penser la SID comme un système complexe

Mais comment éviter qu’au sein des groupes de SID, seule une minorité, les bons élèves, ne s’investisse pleinement ? Comment éviter les débordements et soutenir la motivation qui caractérise les élèves à l’entame de la semaine ? Une première condition est d’envisager la SID comme un système ouvert et en reconstruction permanente autour d’un cadre fixe composé d’espaces, de temps, d’acteurs et d’outils. Au sein de ce système, les modalités et les finalités du projet sont clairement définies afin de mettre les différents espaces et temps au service des apprentissages. Tout au long du travail, ces objectifs, et les moyens d’y parvenir, peuvent être rappelés, sans pour autant empiéter sur l’indispensable liberté donnée aux enfants. Des outils d’accompagnement sont alors proposés afin de favoriser l’investissement de chacun, de s’assurer des acquisitions des élèves, de leur capacité à les formaliser puis à les transférer. Enfin, ce temps fort d’interdisciplinarité ne se limite pas à l’enceinte du collège mais s’ouvre sur le monde, via des outils de communication, afin que les découvertes du jour trouvent un écho, une fois l’enfant rentré chez lui. Une ouverture qui semble nourrir le projet pensé dans la journée et offrir de nouvelles pistes de réflexion, une fois que l’enfant a réintégré son groupe.

Des outils pensés pour optimiser le travail de chacun

Afin de donner de la cohérence aux apports de chacun, du sens aux enseignements et aux outils proposés, une interface numérique intégrée au site du collège a été proposée pour la première fois lors de la SID «  Jardin (s)  ». Elle abrite de nombreuses ressources parmi lesquelles la présentation et les objectifs de la SID, le cahier des charges de la production attendue, les grilles d’autoévaluation et d’évaluation, des twitts postés par les élèves au fil de l’eau, des ressources culturelles et artistiques. Évoquons deux de ces ressources qui sont incontournables : le Guide tuteur et le Guide technique des élèves.

Le Guide tuteur, élaboré par les enseignants coordonnateurs de la semaine, est distribué à tous les collègues. Il a pour objectif d’harmoniser les pratiques de chacun dans l’accompagnement des élèves et de permettre à chaque groupe de progresser à son rythme en tenant compte du cahier des charges imposé. Ce guide contient les emplois du temps de chaque classe, la composition et la répartition des différents groupes de SID, une proposition de déroulement des séances de production, accompagnée des grands objectifs à atteindre par demi-journée de travail. On y trouve enfin les grilles d’évaluation qui permettent à l’enseignant tuteur d’évaluer les membres des différents groupes sur des critères définis au préalable. Rassurant pour les collègues qui n’ont pas pris part à l’organisation de la SID, ce guide permet aussi une vue d’ensemble du travail à accomplir dans la semaine et adapter sa pratique à la progression de chaque groupe d’élèves. Flexible, il peut être modifié en cours de travail.

Le Guide technique des élèves est distribué à chaque groupe de SID dès la première séance. Il vise à accompagner les élèves dans la réalisation de la tâche complexe demandée. La première étape pousse les élèves à se questionner sur leurs intentions et les finalités de leur projet. Puis, un premier croquis est dressé et il revient au tuteur d’apposer son visa autorisant le groupe à passer à l’étape suivante. Par là, il s’agit d’assurer un réel travail de réflexion qui peut très rapidement être délaissé par les élèves au profit d’une production plastique plus ludique. Entrent ensuite en jeu les métiers qui sont proposés aux élèves selon leur âge : alors que les 6es occupent les postes de botanistes au sein du groupe, les 5es sont géomètres et les plus grands occupent les postes d’architectes. Des «  fiches métiers  », donnant les missions techniques et de gestion de projet de chacun, sont là pour apporter davantage de précisions sur la répartition des tâches proposées. Avec une grande liberté, mobilisant les ressources internes et externes dont ils disposent et réinvestissant les interventions disciplinaires reçues, les élèves construisent la production collaborative qu’ils présentent devant le jury le vendredi après-midi. Tout au long de leur parcours, ils sont amenés à s’autoévaluer, en s’appuyant sur les critères qui sont utilisés par le jury lors du grand oral. Certains élèves proposent même d’autres critères, au-delà des exigences du cahier des charges. Les ambitions des élèves sont fortes et l’effervescence s’amplifie à mesure que l’échéance approche. Encourager et rassurer sont alors les principales missions du tuteur.

Ma première SID : quel bilan ?

Cette semaine fut pour moi une véritable bouffée d’air frais. J’ai pu travailler efficacement avec des collègues que je connaissais pourtant depuis peu et j’ai découvert des élèves motivés, épanouis, désireux de rester en classe à la récréation, réalisant que l’échéance de la présentation orale était proche. Évidemment, tout ne fut pas aussi idyllique. La consigne que nous avions pourtant murement réfléchie ne parut pas si limpide aux élèves, nombreux furent ceux qui s’engagèrent dans une voie contestable. Bien que motivés par le projet le lundi matin, certains élèves restèrent en retrait, plusieurs groupes ne fonctionnaient pas comme je l’avais imaginé, et l’après-midi du grand oral, les productions étaient évidemment très inégales.

Mais je retiens le désir et la motivation des enfants, pris au jeu d’un projet à construire au gré de leurs envies, chacun apportant sa pierre à l’édifice, négociant autour de la voie qui lui semblait la plus intéressante à suivre. Bien plus que les quelques savoirs égrenés au cours de ces cinq journées intenses, c’est l’ouverture d’esprit des enfants, leur engagement dans le travail, le dépassement d’eux-mêmes et l’énergie dépensée pour mettre sur pied un projet coopératif que je garde en tête. C’est bien ça qui me pousse à d’ores et déjà me projeter vers la prochaine SID qui nous attend.

Alexandre Balet
Enseignant d’histoire-géographie, EMC, collège Clisthène

Le blog de l’auteur
les outils dont il est question dans l’article : http://www.laclassedhistoire.fr/?page_id=4728


En complément

Du jardin à l’humour

Cinq semaines à peine après la clôture de la SID «  Jardin (s)  », nous entamions un nouveau travail sur un tout autre thème : «  Humour  ». L’équipe organisatrice n’était pas la même que lors de la précédente édition mais en nous concertant, nous avons décidé de nous appuyer de nouveau sur des outils qui avaient participé au succès de la dernière semaine : une interface numérique ouverte comme support des différentes ressources, des guides dédiés aux élèves et aux enseignants, des fiches métiers permettant de mieux équilibrer les missions au sein des groupes d’élèves. Les élèves sont devenus, le temps de la SID, les observateurs de différentes formes de comique et les acteurs de saynètes humoristiques qu’ils mettent sur pied afin d’envisager l’humour comme remède.

Sur la librairie

 

Mettre en œuvre les EPI
Les enseignements pratiques interdisciplinaires vont se mettre en place à la rentrée 2016. Dans certains collèges, on anticipe déjà. Dans d’autres, les pratiques interdisciplinaires existent depuis un certain temps. On ne part donc pas de rien et les EPI peuvent s’appuyer sur l’existant.


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