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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Attentif comme un chat

Marc Singer

19 mai 2016

Apprendre réclame une attention disputée par les multiples sollicitations d’un monde contemporain technophile. L’attention s’avère alors un territoire à investir, voire conquérir, pour être tout ouïe dans l’instant. Des enseignants proposent des moments de relaxation, aménageant ainsi un sas entre la vie trépidante du dehors et la classe. La mindfulness, ou méditation de pleine conscience, propose d’aller plus loin en associant relaxation et attention. Rencontre avec Marc Singer, à l’initiative d’une application destinée aux enfants.


Hérité du bouddhisme, la méditation de pleine conscience est un courant résolument laïc né il y a une trentaine d’années dans le Massachusetts à l’initiative du biologiste américain Jon Kabat-Zinn. Praticien hospitalier, il observe le stress des malades et la façon dont il amoindrit les capacités de résistance et de résilience. La méthode se développe et est appliquée dans le milieu carcéral, celui des entreprises, puis dans le secteur éducatif. Elle se propage au Canada et au-delà de l’Océan. Aux Pays-Bas, les enseignants reçoivent une formation sur le thème, dans les écoles primaires de Vancouver est mise en œuvre une initiation en classe. Le succès du livre Calme et attentif comme une grenouille d’Eline Snel atteste de l’intérêt suscité.

Oui mais, s’est interrogé Marc Singer, les techniques décrites dans l’ouvrage sont-elles pour autant relayées, appropriées par les lecteurs souvent parents ou enseignants ? Et dans son esprit a commencé à trotter l’idée de développer une application destinée aux enfants. Formé à la méthode aux États-Unis, intervenant dans des formations, auprès des écoles ou au dans le cadre du diplôme universitaire «  Méditation et règlement des conflits  » de l’université de Droit et de Sciences politiques de La Rochelle, il perçoit tout ce que l’attention a de plus en plus précieux pour apprendre et apaiser les relations.

«  L’attention passe son temps à partir. Le dispositif met l’accent sur la fonction de l’attention, sur comment faire attention d’une manière particulière. On commence par s’arrêter, on ralentit l’activité, on s’isole des perceptions extérieures, on choisit un objet d’attention, on fait l’apprentissage de suivre son attention et ses mouvements.  » Le programme paraît simple mais sa maîtrise, son application effective, réclament du temps pour apprivoiser les tentations du papillonnage. Il passe par un préalable de compréhension du stress, de ce qui provoque des émotions négatives, puis par une phase d’appropriation pour devenir autonome dans la pratique.

Prendre conscience des mécanismes cognitifs

«  Les compétences attentionnelles permettent de suspendre les réactions automatiques, de se rendre disponible pour percevoir ce que l’on souhaite percevoir. Dans le champ de l’éducation, explique-t-il, l’enfant sera capable ne pas rester avec son attention en butte sur une difficulté. Il suivra le fil pour trouver le sens de l’ensemble.  » Il illustre ainsi un des objectifs visés, celui de prendre conscience des mécanismes mobilisés dans les opérations cognitives. Sur ce chemin de l’instant présent, d’une meilleure connaissance de sa fréquentation de l’attention, se découvrent aussi son monde émotionnel et les ressorts intimes de sa relation aux autres. «  A partir d’un point de départ précis, du champ de l’attention et de voir comment il s’oriente, on favorise plein de choses en cascade.  »

La distraction, la tendance à la rêverie, le chant d’un oiseau, le chahut dans la cour, l’avion qui passe au loin, un souvenir qui s’impose, toutes ces perturbations, douces ou agressives, qui submergent notre concentration, a toujours été là. Aujourd’hui, la technologie s’en mêle avec une irruption de messages impromptus, et, dans leur attente, une tension sourde. Et puis, rajoute Marc Singer, «  depuis trois décennies, on observe chez les enfants une accentuation du niveau de stress, ils sont sensibles au stress de leurs parents, au stress ambiant, au stress lié à la pression des notes  ».

Pour répondre à ce double constat, il sent comme une urgence la nécessité de déployer la méditation de pleine conscience vers les enfants de 3 à 8 ans et leurs parents, au delà des espaces de formation ou d’initiation trop peu nombreux pour répondre à la demande. Il choisit de construire un programme en huit étapes, inspiré du programme de Jon Kabat-zinn, chaque étape comprenant une histoire, une pratique de pleine conscience et des activités liées à l’exercice de l’attention. Un kit pédagogique gratuit, en ligne, sera mis à disposition des scolaires. «  Nous avons souhaité développer un univers suffisamment proche de la sensibilité de l’enfant pour qu’il se familiarise et puisse pratiquer dans sa vie quotidienne.  »

Le chat Voltaire

Le projet «  Comme Voltaire  » est né d’un travail collectif associant un développeur, deux graphistes, un vidéaste, un preneur de son et une voix. On suit le chat Voltaire dans sa vie quotidienne d’animal, se posant sur un tabouret pour un instant de tranquillité, mobiliser son attention sur un point particulier. Le graphisme est simple, dépouillé, «  pour maintenir l’attention sans trop de stimuli  ». Le ton n’est pas à l’explication, aux concepts mais prête à l’intuition, à l’expérience.

L’application fonctionne sur tablette, le support le plus accessible pour les plus jeunes. La simplicité apparente cache une élaboration technique poussée avec des parcours progressifs en fonction des interactions de l’enfant et notamment des mouvements de la tablette. L’expérimentation du programme auprès d’une classe pilote a montré une familiarité qui se développe entre l’enfant et le chat Voltaire. Dans cette classe, intervenant au sein d’un groupe sur l’acquisition des compétences psycho-sociales, il constate au fil des mois les progrès réalisés dans la relation aux autres, dans l’expression des émotions et l’émergence d’une empathie plus forte. Ces observations le confortent dans l’opportunité du programme Voltaire. «  Tout a été fait en mode projet, sans un sou.  »

Aujourd’hui, l’équipe recherche des financements pour passer à la production de l’application entière. Une demande de financement participatif est lancée pour financer la création de l’application. Elle permet aussi de créer une communauté, de constater que les besoins sont là et de faire connaître le chat Voltaire de bouche à oreille. Des partenariats en émergeront sans doute et les énergies conjuguées seront autant d’arguments envers des financeurs institutionnels ou de l’innovation sociale pour permettre le développement du volet gratuit à destination des scolaires.
Voltaire, le chat qui médite de changer le monde «  à pas de velours  », est né et nous invite à le rejoindre.

Monique Royer

Le projet «  Comme Voltaire  »

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Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier