Sans paroles
Nous ouvrons ce dossier, élaboré dans une période que chahutent tant d’émotions, par le silence nécessaire pour qu’une parole, un discours, puisse advenir. Deux exemples dans des classes de collège.« Débat muet » : deux mots qui apparemment ne vont pas ensemble tant le débat est associé à une activité sociale mettant en jeu un discours oral. On oublie pourtant qu’ont existé les nombreux échanges épistolaires qu’on pourrait souvent qualifier de « débats de loin », une communication à distance, différée : les moyens de communication historiques empêchaient la simultanéité ou la rapidité des échanges. Nous n’étions pas là dans le cadre de débats in præsentia. J’appellerai donc « débat muet » un débat écrit dont les participants sont en relation physique directe.
À quelles conditions un débat peut-il être muet alors que les protagonistes sont présents dans le même lieu ? Pour ma part, j’en vois et j’en ai éprouvé deux : lorsque la parole n’est pas apaisée, ne peut plus être sainement régulée, et lorsque la parole gêne une autre activité. Alors le silence est de rigueur.
J’ai malheureusement, pendant ma maintenant longue carrière, vécu des évènements dramatiques avec des classes dont j’étais professeur principal : attentats ces dernières années, décès d’un enseignant, d’un élève, etc. Toutes choses qui demandent une mise en mots régulée. D’autres…