Relecture: La classe intenable, épreuve de force
Olivier Maulini nous propose un regard d’ensemble sur ce dossier, sur ce que la confrontation à des classes désignées comme difficiles dit du travail enseignant aujourd’hui, du fonctionnement de l’école. L’école mise en danger, mais aussi mise en garde.
Quel est le premier devoir d’un enseignant (hormis être à l’heure, évidemment) ? Celui de tenir sa classe durant un ou deux ans, afin que cette classe contienne effectivement le groupe d’élèves qu’on lui a confiés pour cette durée. Une filière, un degré, une ou plusieurs disciplines scolaires : on sait que ce quadrillage institutionnel dessine autant de cellules de base à répartir chaque année entre des professeurs assez indépendants pour en gérer une ou plusieurs chacun de leur côté. Mais quand trop de classes deviennent trop difficiles à tenir pour les préposés, quand elles les mettent trop durement à l’épreuve, le modèle hérité peut entrer en crise progressivement. Le thème des « classes difficiles » invite à cette réflexion : parce qu’il pose la question de ce qui est foncièrement éprouvant (ou non) dans l’enseignement ; qu’il y répond sans faux-fuyant ; qu’il montre comment chaque maitre peut réagir aux problèmes et les prévenir en amont ; mais qu’il ajoute aussi que rien de ce qui se passe dans une classe ne peut trouver sa résolution dans cette classe uniquement. Reprenons une à une ces étapes du raisonnement.
Qu’est-ce qu’une « classe difficile » ? Assumer ou revendiquer cette expression, voilà peut-être la première des difficultés. Peut-on plaquer sur un groupe une épithète dépréciative qualifiant d’un coup tous les membres de ce groupe, y compris d’ailleurs la minorité des élèves (ou leur majorité silencieuse) ne demandant quant à elle qu’à apprendre, donc à se montrer éventuellement « simple » ou « facile » à scolariser ? Ou faut-il être pédagogiquement plus correct (ou incorrect ?), et parler de groupes atypiques, voire d…