J’aimerais tant voir Syracuse
De la classe à la science, de la science à la classe : habiter. En guise d’ouverture au dossier, quelques précisions épistémologiques sur un thème central de la géographie savante et de la géographie scolaire.Composée et chantée d’abord par Henri Salvador, en 1962, mais interprétée aussi par des chanteurs plus contemporains comme Iggy Pop, J’aimerais tant voir Syracuse1, la douce chanson d’un rêve, dévoile, de son intimité mélodique, le monde d’un habitant qui n’a que la ressource de la force imaginative des noms de lieux pour voyager. Celui qui chante ne dispose pas des moyens de mobilité à la hauteur de ses envies : dans cette fin suspendue du chant, ce n’est qu’en rêve qu’il habitera le monde.
Relativement court, le texte peut se prêter à un premier exercice : faire la carte des noms mentionnés, parfois par les images qui leur sont associées (c’est le cas, par exemple, du pays du matin calme, autrement dit la Corée). Achevé, le document donnera une idée du monde onirique de son auteur. À cette étape, on pourrait, inversement, imaginer la carte des lieux honnis, ceux où l’on ne veut aller. Ce serait alors l’occasion d’en chercher les raisons : pourquoi ne va-t-on pas ici ou là ?
Mot d’usage ancien et courant, l’« habiter » est élaboré en notion marginale des sciences sociales et humaines au cours du XXe siècle