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L’actualité éducative du n° 526 - Inclure tous les élèves

La classe inversée ? Ils en sont tout retournés !

La chronique d’é.l@b

La classe inversée, c’est à la mode. Pour moi, c’est juste un moyen de répondre à un problème : mon cours de terminale n’était qu’un long et ennuyeux cours magistral, incapable que j’étais de trouver le moyen d’étirer le temps de mes deux heures de cours hebdomadaires. Au troisième élève tombé endormi, j’ai réagi.

Mon dispositif est simple : le cours écrit est en ligne sur un document collaboratif. Quinze jours avant le début du cours, je mets le lien sur l’espace numérique de travail. Les élèves doivent simplement faire au moins un commentaire sur le cours : une question sur un aspect incompris, une explication d’un point qui leur semble mal formulé, un élément complémentaire du cours, avec éventuellement un lien, ou une réponse au commentaire d’un camarade. C’est beau, ces échanges entre les élèves sur une notion, sur un évènement, sur une analyse… Je surveille d’un œil, n’interviens qu’en cas d’urgence, pour réguler.

La veille des heures de classe, je lis attentivement les commentaires. En classe, je consacre un moment à reprendre les points qui m’ont semblé mal compris, à susciter des débats, je tranche au besoin. Des questions fusent, la discussion s’installe. Je travaille ensuite sur un exercice de type bac en général, mais je pourrais organiser d’autres choses intéressantes. Ça viendra ! De temps à autre un petit quizz permet de vérifier l’apprentissage du cours. Les devoirs sur table sont très classiques.

Nous sommes loin de la révolution pédagogique ! Pourtant je suis assez contente de ce dispositif. La plupart des élèves, même les plus timides, se mettent réellement en position de se poser des questions sur le contenu du cours, font des liens, manipulent les notions. En classe, nous avons enfin le temps de discuter de ces points d’histoire ou de géographie, et je peux aider à la maitrise des exercices académiques. Enfin j’essaie. Nous travaillons en outre des compétences de communication : accepter d’être contredit par un pair, corriger ce qu’un autre a écrit sans l’offusquer, tout cela n’est pas facile à maitriser et nécessite un apprentissage. De plus, des habitudes sont prises ailleurs : un élève qui me semblait agressif envers ses camarades m’a expliqué que c’était comme cela qu’on se parle sur les forums. Je suis contente d’avoir fait son éducation en ce domaine !

Pourtant les difficultés sont grandes. D’une part, la nouveauté est difficile à accepter par des élèves qui passent le bac à la fin de l’année. Il faut commencer par leur donner confiance. Il ne faut pas non plus sous-estimer le temps que leur prend la lecture commentée et veiller à ne pas les surcharger de travail à la maison. D’autre part, ce dispositif impose de travailler sur l’ordinateur et de nombreux élèves de terminale voient d’un mauvais œil cette invasion du lycée dans leur vie numérique. Pour certains, cela pose des problèmes familiaux : accès à l’ordinateur familial, temps passé devant l’écran… Pour eux, il faut laisser du temps, voire adapter le dispositif à une version papier. Enfin, cette façon de transmettre le contenu du cours ne convient pas aux élèves qui ont une mémoire auditive ou visuelle car le cours n’est pas mis en scène. Le temps de reprise du cours doit prendre cela en considération.

Caroline Jouneau-Sion
Pour e.l@b

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Inclure tous les élèves
Pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, l’écart est parfois grand entre ce qui est prescrit et la réalité de leur scolarisation. Ce dossier vise à en pointer les freins et à proposer des leviers à même de faire vivre l’école inclusive refondée.