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Conférence de consensus sur le redoublement

«  Comprendre, prévenir et prendre en charge la difficulté dans la classe  »

André Tricot

4 mars 2015

Les 27 et 28 janvier 2015 s’est tenue à Paris la conférence de consensus «  Lutter contre les difficultés scolaires : le redoublement et ses alternatives ?  » organisée par le Cnesco et l’IFÉ/ENS de Lyon. Une conférence dont les conclusions ont été remarquables de clarté et de pragmatisme. André Tricot, président du jury, nous permet d’y revenir.


Une conférence de consensus «  vise à faire le lien entre les préoccupations et les questions des praticiens et du grand public, d’un côté, et les productions scientifiques, de l’autre  », est-il indiqué dans le document de synthèse des recommandations du jury. Il est précisé qu’elle «  se concrétise par des conclusions rédigées par un jury d’acteurs de terrain après qu’il ait auditionné des experts. Elle représente un levier pour le changement dans le système éducatif français : ses résultats, largement diffusés dans la communauté éducative grâce à des partenariats multiples (Café Pédagogique, Canopé, ESENESR), permettent, à la fois, d’aider les parents dans leur rôle d’éducateur, et d’éclairer, dans leurs pratiques, les professionnels de l’Éducation.  » Mission réussie pour cette première conférence de consensus sur le redoublement ? André Tricot répond.

Qu’est-ce qui vous a paru marquant dans la conférence sur le redoublement ?

J’ai été frappé par la convergence des points de vue des experts, ce qui a facilité le travail du jury. Bien entendu nous avons lu d’autres sources, mais elles étaient convergentes avec l’avis des experts. J’ai aussi été impressionné par la prudence de ces chercheurs, qui mesuraient leurs propos, ne voulaient pas affirmer ce qu’ils ne pouvaient pas affirmer.

On sait que les représentations ont la vie dure. Avez-vous vu apparaitre des arguments, statistiques décisifs, propres à modifier certaines de ces représentations ?

Oui bien sûr. Les études qui mesurent l’efficacité du redoublement ne montrent jamais cette efficacité : dans la grande majorité des cas, si deux élèves de même niveau sont dans deux situations différentes (l’un redouble l’autre pas), c’est celui qui ne redouble pas qui a de meilleures performances, un an après ou surtout, deux ans après. Tandis qu’une majorité d’enseignants, d’élèves et de parents ont une opinion plutôt positive à propos du redoublement. Mais les travaux sur les représentations à propos du redoublement montrent que les opinions favorables sont surtout liées à l’idée que rien d’autre n’existe pour prendre en charge un élève qui n’a vraiment pas le niveau à la fin d’une année scolaire. En outre, les personnes ne connaissent pas nécessairement tous les «  biais  » liés aux décisions de redoublement, biais sociaux et familiaux notamment.

Nous invitons à lire les recommandations du jury dans leur ensemble bien sûr. Mais si vous deviez retenir cinq éléments majeurs ?

  1. Comprendre, prévenir et prendre en charge la difficulté dans la classe. La difficulté scolaire s’exprime dans la classe et c’est dans la classe qu’elle doit être traitée en priorité. Dès qu’on externalise la prise en charge de la difficulté, on prend le risque d’une déconnexion entre les apprentissages quotidiens et ce qui est censé les améliorer. Le jury a noté que la façon de prendre en charge la difficulté dans la classe était connue des chercheurs (et sans doute de nombreux enseignants).
  2. Former et accompagner tous les personnels de l’Éducation nationale, leur fournir des outils et soutenir leurs initiatives et innovations. Investir massivement en formation initiale et continue, avec une approche centrée sur les besoins des élèves : apprendre à observer les processus d’apprentissage pour comprendre les difficultés des élèves, les anticiper et y remédier. Concevoir toute classe comme étant hétérogène et intégrer la difficulté scolaire comme faisant partie de l’ordinaire de la classe.
  3. Former à l’éducation à l’orientation. Le redoublement dit stratégique est le plus souvent une grande prise de risque : seul un élève sur trois en moyenne, parmi ceux qui ont fait ce choix, en tire véritablement bénéfice. Les professionnels impliqués (dont les enseignants et les conseillers principaux d’éducation, qui interviennent en complément des conseillers d’orientation psychologues) doivent être véritablement formés à l’éducation et à l’orientation.
  4. Réallouer et mieux utiliser les moyens sur l’existant, quand celui-ci est efficace et équitable, en donnant beaucoup plus à ceux qui sont en grande difficulté, en privilégiant le début de la scolarité : dédoublement et réduction des tailles de classes ; plus de maîtres que de classe ; scolarisation des tout-petits. En mettant véritablement en œuvre les cycles. En mettant véritablement en œuvre les Projets Personnels de Réussite Éducative (PPRE).
  5. Expérimenter des alternatives de façon rigoureuse. Les cours d’été : l’élève peut se voir proposer un choix, redoubler ou suivre un cours d’été. À l’issue de ce cours d’été, conjuguant présentiel et distanciel, l’élève passe un examen. Un cycle-un professeur : un enseignant garde sa classe pendant les trois années du cycle. De nouvelles formes de co-intervention au collège en particulier en 6e et en 5e. Le redoublement modulaire, qui permet à un élève de redoubler certaines matières et de passer dans d’autres matières. L’allongement de cycle sans redoublement, pour pallier le redoublement stratégique évitant la répétition d’une année.

Photos : Cnesco

Voir en ligne : Les recommandations du jury

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