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N°494 - L’erreur pour apprendre

L’erreur pour apprendre

par Stéphanie de Vanssay et Anthony Lozac’h


L’erreur est un impondérable de l’acte d’apprendre. Omniprésente, multiforme, pernicieuse, maligne, entêtante, saugrenue, obstinée ou accoucheuse, révélatrice, elle est encore souvent mal perçue et sanctionnée dans notre système scolaire. L’erreur a des statuts divers, elle questionne et interpelle. Qui n’a pas connu le découragement en corrigeant des copies qui révèleraient tant les failles des élèves que de l’enseignement, voire de l’enseignant ? Pourtant, les professeurs savent qu’il est nécessaire de prendre en compte les erreurs des élèves pour les faire progresser. Mais comment faire ?

Si les enseignants ont bien conscience que « l’erreur est un outil pour enseigner », pour reprendre les mots de Jean-Pierre Astolfi, savent-ils pour autant comment s’y prendre ? La question est complexe, les pistes de réponses variées et multiples, et beaucoup de chemin reste à faire.

Vous trouverez dans ce dossier des récits et des méthodes issus des expériences de praticiens, mais aussi des articles abordant les différentes dimensions de l’erreur en pédagogie. La question du « droit à l’erreur » est posée, est-ce vraiment un droit ? Comment permettre aux élèves de débusquer leurs erreurs pour progresser ? Comment favoriser un climat serein d’apprentissage où l’on peut essayer, et se tromper, sans risque ? Quel rôle accorder aux erreurs dans le triangle de la relation pédagogique ? Que penser et que faire de « l’erreur d’étourderie » ? Et quand l’erreur vient de l’enseignant ? Les disciplines et didactiques prennent-elles en compte l’erreur de manière uniforme ?

Au fil de votre lecture, vous découvrirez ce qui se cache derrière les perles de nos élèves avec Alexandra, sur quoi s’appuient Sabrina, Soukhaïna et Selin pour justifier l’orthographe d’un mot, ce que le mont Blanc a à voir avec la géométrie et ce que pensent des élèves de CP de l’utilité de faire des erreurs.

Nous verrons aussi pourquoi se tromper à plusieurs est plus facile à supporter, que la notion d’erreur dépend du temps qu’on estime pouvoir laisser à l’élève pour assimiler un apprentissage, comment apprendre « à faire faux » peut aider l’élève à avancer, comment déconstruire la hiérarchisation des élèves d’une classe et aussi une invitation à remplacer « le droit à l’erreur » par une formulation plus juste et plus créative.

Dans sa relecture, Yves Reuter se réjouit d’un dossier qui rassemble des propositions construites entre théorie et pratiques, de niveaux scolaires variés, du CP à l’université, mais pointe les limites et contradictions dont nous pouvons faire preuve dans la « bonne volonté » de traiter de l’erreur en classe, invitant à dépasser la notion d’erreur au profit de celle de dysfonctionnement.

Ce nouveau dossier des Cahiers pédagogiques s’inscrit comme un point d’étape, un éclairage des dynamiques en cours. Il est sans doute encore plus d’actualité dans un contexte où émerge péniblement un nouveau système de valeurs, le socle commun de connaissances et de compétences marquant le transfert d’une pédagogie centrée sur l’enseignement à une pédagogie centrée sur les apprentissages. Vingt-deux ans après la loi de 1989 censée mettre l’élève au centre du système, quatorze ans après le livre essentiel de Jean-Pierre Astolfi, le statut de l’erreur s’inscrit plus que jamais au cœur de dynamiques qui renouvèlent l’enseignement.