Par-delà les verrous
Démocratiser la philosophie, c’est aussi la sortir de la classe de terminale et même du système scolaire. Ici, un travail avec des personnes qui ont – ou ont eu – affaire à la justice.
Si l’enseignement de la philosophie reste fortement associé à l’institution scolaire, le développement des ateliers philosophiques depuis les années 1990 a contribué à ouvrir des espaces de réflexion dans une diversité de lieux : bibliothèques, centres sociaux, associations, structures médicosociales ou encore établissements pénitentiaires. Elle n’y apparait plus seulement comme une discipline scolaire, mais comme une pratique de questionnement et de dialogue.
Les personnes placées sous main de justice (soumises à une mesure restrictive ou privative de liberté décidée par un juge) sont rarement destinataires de ce type d’activité. Pourtant, les questions de responsabilité, de liberté, d’identité, de justice ou de rapport à autrui traversent souvent leurs expériences. C’est dans cette perspective que le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de la Gironde et l’association d’art oratoire Ta mère la mieux (TMLM) ont développé des ateliers de philosophie destinés à ce public.
Genèse et principes du dispositif
Le dispositif repose sur des « cafés philo » mensuels réunissant une dizaine de participants. Il associe des personnes placées sous main de justice, majoritairement suivies en milieu ouvert, et deux ou trois invités extérieurs, principalement des étudiants en droit pénal et en criminologie, ainsi qu’une conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP).
Les séances se déroulent dans un café, lieu ordinaire et ouvert au public. Ce choix vise à créer un espace où les participants ne sont pas d’abord définis par leur statut de personne suivie par la justice, de professionnel ou d’interv…