Même au lycée !
L’enseignement de la philosophie au lycée est souvent moins démocratique qu’on ne le croit ou qu’on ne le voudrait, mais il peut évoluer pour devenir réellement émancipateur.
Depuis l’après-guerre, quand 3 % d’une classe d’âge accédait au baccalauréat, l’enseignement s’est massifié, et de nombreuses populations exclues de l’enseignement de la philosophie y ont désormais accès. Depuis les années 1990 et 2000, la philosophie s’est vulgarisée et popularisée, une « pop-philosophie » a émergé. Mais cette massification, cette vulgarisation et cette popularisation signifient-elles une démocratisation de la philosophie ? Si une majorité d’une classe d’âge reçoit désormais un enseignement de philosophie, celui-ci s’est-il démocratisé ?
Classiquement, démocratiser c’est donner le pouvoir au peuple (au moyen du suffrage universel), garantir le droit politique des citoyens, les droits des personnes (toutes ne sont pas citoyen), et une forme de pluralisme des opinions. Or, l’école de la démocratie, ou plutôt de la République française, n’est pas démocratique, en ce sens.
Elle ne donne pas le pouvoir à ses participants : les élèves y sont traités en enfants, y compris au lycée, et non comme un « peuple souverain ». Son fonctionnement est hiérarchique (entre l’administration et les enseignants, entre les enseignants et leurs élèves), très centralisé (les programmes et les examens sont décidés uniformément pour le territoire, au nom de l’égalité républicaine, saturant la possibilité d’initiatives curriculaires), et laisse peu de place, en dehors d’instances formelles, à une vie démocratique ou collégiale. En quel sens peut…