Différencier par les « modes de pensée »

Publié le Lecture : 20 min Par Jean-Pierre Astolfi

L’idée des « modes de pensée fondamentaux » que l’école devrait faire maitriser par l’élève a été un des points clés du rapport Bourdieu-Gros en 1989. Si le concept mérite d’être clarifié et discuté, nous dit ici Jean-Pierre Astolfi, il peut fournir une entrée fructueuse pour la différenciation des séquences pédagogiques (il s’agit en fait de la réécriture d’une intervention faite par l’auteur à la journée CRAP de Marseille sur la pédagogie différenciée le 31 mars 1990).

L’idée des « modes de pensée fondamentaux » apparait en décalage par rapport aux orientations actuelles de la psychologie de l’apprentissage, plus précisément face au net reflux de la possibilité d’un transfert général des apprentissages, face au quasi-abandon des idées de « schèmes » généraux de la pensée, tels que les avait conçus Jean Piaget. Le contexte théorique actuel est plutôt celui d’un scepticisme sur cette question du transfert. Dans ces conditions, on a plutôt tendance à revenir à des modèles d’apprentissage locaux, à examiner les façons de penser et d’apprendre, domaine d’apprentissage par domaine d’apprentissage, domaine de résolution de problème par domaine de résolution de problème. Il y a, là-derrière, l’influence certaine des déceptions de l’intelligence artificielle. Il faut dire que le projet de simuler la pensée humaine à partir de modèles généraux de l’apprentissage n’a pas donné les résultats escomptés, et que la recherche s’est rabattue paradoxalement sur la mise au point de systèmes experts extrêmement localisés et contextualisés (je pense ici aux évolutions décrites dans le livre de Francisco J. Varela)1.…

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