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Travailler ensemble, ça s’organise

Formation, communication, concertation, régulation, harmonisation, répartition des fonctions, planification des manifestations, innovation, appui de la direction : travailler en équipe, c’est toute une organisation !

L’idée de Neo Alta, dispositif innovant en collège, est venue d’une collègue, Annie Di Martino, qui avait envie qu’on travaille et enseigne différemment, afin que les élèves apprennent autrement. Elle m’en a tout d’abord parlé et j’ai adhéré très rapidement, avec enthousiasme. Nous avons ensuite fait une petite réunion d’information pour les collègues afin de recruter des volontaires.

Pour concevoir et élaborer concrètement et collectivement le projet Neo Alta, l’équipe de professeurs volontaires pour cette expérimentation a suivi un stage d’établissement de trois jours, accompagnée par Anne-Marie Sanchez, formatrice transversale Dafpa (Direction d’appui à la formation des personnels de l’académie) dans l’académie de Versailles. Elle est revenue nous suivre les deux années suivantes, ce qui était indispensable pour améliorer ensemble la forme et le fond de notre projet.

LA CONCERTATION S’EST IMPOSÉE

Dans cette structure mise en place il y a presque quatre ans maintenant, la concertation des membres de l’équipe, au moins une heure quinzaine, s’est dès le départ imposée pour toutes et tous.

La première année, ce créneau a essentiellement servi à organiser les temps forts de Neo Alta pour ses trois classes (une 5e, une 4e et une 3e : le cycle 4) : accueil, tutorat, LABO (Liens, activités, but, ouverture) et GrApp (Groupe d’apprentissage). Pendant une demi-heure avant de commencer les cours, les élèves peuvent s’inscrire à l’accueil du matin pour lire, réviser, jouer calmement ou encore écouter de la musique avec écouteurs. Le tutorat adulte-élève permet de travailler la méthodologie d’apprentissage ou encore la confiance en soi, l’oral, etc. Le tutorat entre pairs, après une miniformation des tuteurs élèves grâce aux brevets de la pédagogie coopérative, s’est développé par la suite. Le LABO est un temps de projets interdisciplinaires, précurseur de l’EPI (enseignement pratique interdisciplinaire), toujours en coanimation. Quant au GrApp, c’est une séance de travail ritualisée de fin de journée où les élèves font leurs devoirs, apprennent leurs leçons, et peuvent le faire en groupe.

Très vite, un dispositif devient indispensable. Il comprend une trame de compte rendu des concertations, un secrétariat, un ordre du jour se met en place et cela fonctionne. Se dégage par ailleurs une fonction de responsable des temps forts qui centralise les informations et devient référent auprès des élèves. Un panneau Neo Alta voit le jour dans le hall pour informer les élèves, puis Pronote est également utilisé, notamment pour les parents.

La circulation indispensable de ces informations et de toute autre concernant les élèves se fait donc essentiellement sur ce créneau, qui permet également des échanges réguliers plus informels, tout aussi importants, surtout quand une classe dysfonctionne et que l’on veut y apporter des solutions en équipe. Dernièrement, par exemple, Annie Di Martino, copilote de la structure et professeure principale de la 4e Neo Alta, a réuni l’équipe de la classe pour dresser les constats, rechercher ensemble des solutions et acter des décisions, suite au conseil semestriel. La méthode alors utilisée a été celle des conseils coopératifs d’élèves, volontaires eux aussi pour intégrer la structure. Quand les informations et décisions à appliquer sont notées et diffusées, elles deviennent plus concrètes et incitent plus fortement chacun et chacune à s’organiser pour agir en conséquence. Ces heures permettent aussi d’harmoniser certaines des pratiques et de mettre en place des rituels. C’est ainsi que sont nés le rituel du GrApp avec les cahiers d’apprentissage et le cahier de réitération, par exemple. Le rituel du GrApp, qui évolue chaque année, consiste à se souvenir individuellement de ce qui a été appris dans la journée, à échanger et compléter ces informations en binôme, à faire les exercices donnés le jour même et apprendre les leçons de la journée également. Le cahier d’apprentissage est offert aux élèves pour leur première année neoaltiste. Très personnel, il peut être comparé au journal des apprentissages parfois tenu en primaire. Il va servir notamment pour les Que sais-je ? de début de GrApp. Le cahier de réitération (un par classe), voyage de cours en cours avec le cahier d’appel. Il permet de faire le lien entre les disciplines de la journée. Le professeur y note trois mots clés ou une phrase essentielle du cours, afin que le professeur suivant puisse en demander rapidement la réitération aux élèves avant de commencer son propre cours. Ainsi, les professeurs apprennent eux aussi plein de choses ! Nous réfléchissons beaucoup en équipe autour de la mémorisation à long terme et des apprentissages ; ces rituels y participent activement et la plupart des élèves s’en emparent de mieux en mieux.

UNE ORGANISATION COMPLEXE

Petit à petit, nous avons parsemé ces concertations d’échanges pédagogiques, qui restaient informels et trop courts, donc frustrants. Pourtant, l’objectif de Neo Alta restait d’enseigner différemment, pour que les élèves apprennent autrement. Pour ce faire, nous avions besoin d’harmoniser nos pratiques, de nous mettre d’accord sur ce qui nous semblait essentiel.

Cette année, la quatrième année de vie de la structure, nous réussissons à faire un peu de coformation : un membre de l’équipe propose une miniformation aux autres en se basant sur ses compétences, les demandes et les besoins des collègues. Nous avons ainsi réalisé une coformation sur l’évaluation et une autre sur la classe inversée. C’est un grand pas, mais il ne se fait pas dans les bonnes conditions : si l’établissement possède désormais une « heure bleue » pendant laquelle aucun de nous n’a cours et sur laquelle notre concertation Neo Alta a été placée, ce créneau ne fonctionne pas, beaucoup d’entre nous n’ayant pas cours la matinée, voire la journée, et ne se déplaçant donc pas pour cette heure.

Toutefois, en plus de cette avancée dans notre travail commun, nous sommes mieux organisés quant aux tâches à effectuer. En effet, en plus des comptes rendus et de la fonction de secrétaire qui tourne, des missions sont assurées par des membres fixes de l’équipe tout au long de l’année : courriels de rappel, tenue du calendrier électronique commun avec rappels, ardoise mémento dans la salle de café, pour ne rien oublier et améliorer notre communication interne et externe.

Bien sûr, la communication se fait également toujours beaucoup par courriels et échanges informels, dans les couloirs ou en salle de café, en cas de besoin ou de souci.

Il est à noter que notre organisation peut parfois court-circuiter celle de l’établissement et inversement.

Un des soucis reste l’organisation des emplois du temps des professeurs et des élèves neoaltistes, en fonction des besoins : les impératifs de la réforme du collège contraignent énormément les heures, les salles (notre établissement est trop petit pour travailler dans des conditions confortables avec le nombre total d’élèves) et les regroupements divers exigés. Notre soirée de présentation des travaux des élèves aux familles, par exemple, une échéance très attendue dont le résultat est toujours positif, doit être anticipée. Nous devons obtenir l’accord du principal bien sûr, pour ne pas coïncider avec d’autres réunions ou manifestations de l’établissement.

PEUT-ON GÉNÉRALISER UNE EXPÉRIMENTATION ?

Notre chef d’établissement aimerait que Neo Alta fasse tache d’huile auprès des autres collègues, mais il s’avère difficile d’élargir cette innovation expérimentale à l’ensemble du collège. Par exemple, depuis que la direction a choisi de fonctionner comme Neo Alta pour les conseils de classe, on s’aperçoit des décalages. Le fonctionnement d’une petite équipe qui a l’habitude de travailler ensemble pour trois classes ne peut reposer sur la même organisation que l’ensemble de tous les personnels pour tout le collège ! En effet, les conseils de classe réunissent tous les parents et les élèves pour une plénière générale sur la classe, et un entretien individuel est organisé pour chaque adulte référent famille élève, autour du bulletin afin de fixer des objectifs de progrès. Cela représente encore un important travail d’équipe et de gestion des rendez-vous en amont, surtout dans la mesure où toutes les disciplines ne sont pas représentées dans Neo Alta, qui ne réunit que des professeurs volontaires.

C’est aussi le défi de départ et ce qui fait de Neo Alta une innovation : faire travailler ensemble et différemment des professeurs qui n’ont pas demandé de poste à profil, dans une structure dérogatoire parallèle, au sein d’un établissement lambda. Heureusement, la conseillère principale d’éducation fait partie du projet depuis le début et permet notamment de faire le lien avec la direction. Finalement, après quelques appréhensions des collègues non neoaltistes, dans la mesure où nous sommes soutenus par la direction, notre équipe avance tranquillement.

Caroline Rousseau
Professeure au collège Anatole-France aux Clayes-sous-Bois (78)