Pour vivre heureux, vivons cachés ? Ce pourrait bien être une tendance ces temps-ci chez les enseignants, afin de se protéger de la pluie des annonces ministérielles…

De fait, depuis son entrée en fonction en juin 2017, le ministre a apporté des changements significatifs à la structuration ou aux programmes de tous les niveaux scolaires, mis en place de nouvelles évaluations nationales et d’une procédure d’inscription dans le supérieur, prescrit des méthodes ou des pratiques pédagogiques prétendument universelles et infaillibles, etc. Des annonces ou mesures qui surprennent les uns, fâchent les autres et bousculent tout le monde.

Et donc, on sent aujourd’hui chez beaucoup d’enseignants une tentation du repli, en attendant que cesse l’averse. Repli dans sa classe, sa salle des profs, ses préparations, son quant-à-soi, pour préserver son énergie, en garder pour le cas où d’autres changements surviendraient.

Il y a aussi ceux qui ont cru aux réformes de la mandature précédente, qui s’y sont impliqués et qui sont découragés par les nouvelles injonctions, des virages à 180 degrés, sans avoir la force suffisante pour les combattre. Comment à la fois mettre en œuvre (bien obligés) des réformes auxquelles on ne croit pas et s’impliquer dans ce en quoi on croit, ses valeurs, sans s’épuiser ?

Mais il y a bel et bien un projet politique qui se dessine à travers des réformes présentées comme pragmatiques, de « bon sens », étayées par des « résultats scientifiques » (soigneusement choisis). Derrière des couleurs sépia et un arrière-gout très passéistes (l’affichage du drapeau, le « retour aux fondamentaux », etc.), se profile le projet d’une école élitiste, individualiste, fondée sur la compétition, avec pour corolaires inévitables les inégalités sociales, familiales, géographiques.

Il y a une autre voie que la résignation : jouer collectif, se regrouper pour réfléchir aux pratiques individuelles et collectives les mieux à même de faire réussir tous les élèves, pour se saisir des marges de manœuvre qui restent.

Sortons à l’air libre, parlons de pédagogie, de projet pour l’école et la société, il y a du pain sur la planche !