Les États généraux du numérique (EGN) de l’automne dernier ont bénéficié d’un extraordinaire alignement de planètes. Alors que, quelques jours plus tôt, se produisait l’indicible et que tous les regards s’étaient détournés de tout ce qui n’était pas liberté d’expression et éducation à la laïcité, l’annonce d’un reconfinement reparamétrait tout à la fois la portée médiatique, l’attention du public et les préoccupations des professionnels.

De nouveau, le numérique éducatif se rappelait avec force aux acteurs de l’éducation avec, en arrière-plan, une réflexion marquée non pas tant par des considérations liées aux opportunités et aux menaces que l’outil pouvait représenter pour l’école, mais par la nécessité de considérer ce dernier comme une « annexe, un recours, une éventuelle et parfois nécessaire substitution »[[Bruno Devauchelle, « Le numérique dans tous ses états », Café pédagogique, vendredi 6 novembre 2020 : https://tinyurl.com/y8tk7enj]].

Mais quel que soit l’angle sous lequel cet évènement était abordé, dans une communication ministérielle alors très embouteillé, l’occasion d’analyser, de débattre, de « construire ensemble cette vision partagée de ce que doit être l’usage numérique au sein de l’éducatif »[[Jean-Marc Merriaux, webinaire « La formation des enseignants au numérique : constats et enjeux », 15 octobre 2020 sur Campus Matin.]] n’en était pas moins belle.

Pourtant, nombreux ont été les commentateurs à voir dans cet évènement une énième chronique d’un rendez-vous manqué : une concertation en ligne colonisée par les habituels lobbys ; des acteurs de terrain grands absents de la concertation, malgré les nombreux et très riches retours d’expérience de la part des académies, trop souvent raffinés pour n’en garder que les bonnes pratiques, au détriment des obstacles et des menaces remontées par le terrain ; la tenue de contremanifestations privant les débats d’une confrontation fertile des points de vue[[Nipédu 123, « École [alter]numérique », https://tinyurl.com/y26zbvt3.]] ; enfin, l’impréparation flagrante, à la veille d’un hypothétique reconfinement scolaire, qui décrédibilisait un peu plus l’action d’un ministère qui, dans ce domaine comme ailleurs, donnait de nouveau des signes évidents de « ne pas se donner la capacité de répondre aux injonctions qu’elle donne »[[Interview de Valérie Sipahimalani, Café pédagogique, 4 novembre 2020 : https://tinyurl.com/ya6ffuqz]].

Rendez-vous manqué donc ? Pas si sûr. À la lecture des trente-huit propositions retenues de ces EGN, on s’enthousiasme des pistes de réponse envisagées : renforcement des dispositifs de formation, aide à l’équipement des élèves et des enseignants, garantie d’un socle minimal numérique pour les écoles et les établissements, développement de l’accompagnement des collectifs de professionnels, utilisation de logiciels et de ressources éducatives libres, formation à la sobriété numérique, développement d’outils performants garantissant la souveraineté numérique, etc. Voilà bien de quoi mettre d’accord l’ensemble des acteurs.

Reste au vaisseau amiral à démontrer sa capacité à décider vite et bien. Dans une société en mutation accélérée, seules les organisations capables de transformer rapidement et efficacement les apprentissages en action peuvent assoir leur crédibilité. Ces EGN ont identifié avec succès le « quoi » ; leur réussite dépendra de la capacité de l’institution à répondre efficacement au quand, combien et comment.