Popularisée par une publication en ligne de la dessinatrice Emma[[La charge mentale, https://miniurl.be/r-1ha9]], la charge mentale se définit comme la continuation des préoccupations liées à une activité. Ainsi, au temps passé à la réaliser effectivement il convient d’ajouter l’énergie psychique employée à penser, préparer, planifier une tâche.

Issue de la sociologie, la modélisation de ce phénomène trouve un écho tout particulier dans le travail enseignant. On pense ici aux collègues débutants souvent confrontés à ce sentiment de suffocation. On pense également à cet espace-temps aux contours si flous que l’on nomme communément « vacances » et à l’expression de son besoin.

L’enseignant en vacances est rarement en vacance : « Point de souci, point de lendemain, point de pression intérieure ; mais une sorte de repos dans l’absence, une vacance bienfaisante, qui rend l’esprit à sa liberté propre. »[[Paul Valéry, « Les valeurs intellectuelles à notre époque », Conferencia n° 22 1939.]]

Les spécificités du métier d’enseignant conduisent à envisager les vacances comme des périodes de cessation de l’activité face aux élèves plutôt que de vacance de l’engagement professionnel.

François Muller, dans le cadre d’une réflexion plus large sur le développement professionnel, attirait notre attention sur le besoin de vacances comme symptôme d’une asphyxie, indicateur pertinent pour questionner notre rapport à l’activité tout au long de l’année[[Développement professionnel des enseignants, épisode 83 de Nipédu.]].

Déconnexion éclairée

Du côté de Nipédu, nous envisageons donc chaque période de vacances non comme « des arrêts maladie programmés », mais plutôt comme l’opportunité d’une reconnexion, occasion de développement professionnel et personnel durable.

Comme Xavier Delaporte, nous optons pour une déconnexion éclairée : nul besoin de « détox » si l’on accepte que notre activité professionnelle est une partie de nous-même et non un poison qui nous envenime à petit feu[[Chronique de Xavier Delaporte : « La vie numérique », https://miniurl.be/r-1haa]].

À l’image des cycles d’entrainement d’un sportif, il s’agit plutôt d’articuler les périodes d’activité à proprement parler, les repos francs, nécessaires pour se prémunir de la saturation mentale, et le « repos actif » qui facilite « l’effet rebond » permettant de conserver les gestes techniques et le gout de la pratique.

Quel repos actif pour l’enseignant marathonien ? Sans prétention d’exhaustivité ou d’efficacité, nous vous proposons cinq pistes pour une reconnexion réussie : lire, visiter, visionner, écouter, s’adonner aux jeux de société, débattre entre amis, en somme, stimuler sa curiosité et élargir les champs d’exploration pour nourrir sa créativité ; participer aux évènements et rencontres dédiés à la pédagogie : l’occasion d’allier convivialité et développement professionnel ; laisser les intelligences artificielles se charger de votre veille pédagogique et de la curation de contenus pour y revenir au moment voulu[[Détail des solutions pour organiser la curation automatisée dans l’épisode 82.]] ; faire tout autre chose pour travailler son agilité intellectuelle, s’observer en tant qu’apprenant ; ne rien faire, réapprendre à ne rien faire, notamment avec des techniques de méditation, en mesurer l’impact.

Rien de neuf, nous direz-vous. C’est vrai ! Peut-être un simple rappel pour inviter chacun d’entre nous à pratiquer ces activités tout au long de l’année.

Régis Forgione, Fabien Hobart, François Lamoureux et Nicolas Olivier