Je commencerai par une petite histoire. Épisode 0 : je prépare un document dont je m’assure qu’il est accessible sur toutes les tablettes de l’établissement. Épisode 1 : 8 h, mercredi matin. Enfermée pendant une heure dans l’ascenseur (en panne) de mon lycée avec mes deux mallettes de tablettes de vingt kilos chacune. Épisode 2 : 9 h, en classe, je branche le matériel, distribue les trente-cinq tablettes et les consignes. 9 h 30 : Décidément, pas d’internet. 9 h 45 : une fois le matériel rangé, je commence un cours avec le manuel. Je ne pleure pas, mais j’ai très envie.

Moralité : dans certains établissements, utiliser les tablettes demande de la force physique, des compétences techniques, beaucoup de temps de préparation et de vérification, une bonne connaissance des outils qui permettent de déployer des fichiers et d’installer des applications sur une flottille de tablettes. Et une capacité d’adaptation à des situations délicates telles que celles que je viens de décrire.

Pourtant, les tablettes pour enseigner aux élèves, ça fonctionne. Création de livres multimédias en maternelle, réalisation d’un parcours touristique pour aveugles et de manuels scolaires au collège. Le travail collaboratif se met en place autour de ces outils légers, à l’interface intuitive, qui ne font pas écran avec les autres. Les tablettes, c’est le couteau suisse de l’enseignant : on peut y écrire, y lire, regarder des images, mais aussi enregistrer, filmer, mesurer. Un outil à mettre dans toutes les petites mains.

Mais alors, comment font-ils ces collègues pas tous technophiles ni très musclés ? Si on interroge les enseignants, la réussite dépend avant tout du dispositif choisi pour l’implantation des tablettes. Il faut qu’elles puissent être utilisées régulièrement et en toute confiance. Accessibles sans effort et sans difficulté technique, dans un local à portée de wifi de la salle de classe (et sans escaliers !) ou dans une salle dédiée (c’est un comble pour des outils mobiles !), avec une antenne wifi qu’on allume quand on a besoin d’internet. Confier une tablette à chaque élève est une autre solution, qui fera l’objet d’un prochain billet. Cela ne résout pas toutes les difficultés, mais l’enseignant peut alors se concentrer sur ce qui fait son métier : concevoir des situations d’apprentissage dans lesquelles la tablette est un outil pour consulter, communiquer, créer dans un environnement sécurisé.

Caroline Jouneau-Sion