Quelle drôle de période, où l’on parle plus d’une réforme de l’orthographe vieille de 26 ans que d’une école d’infortune dans un camp de toiles et de boue à Calais. Comme si le droit à exister de l’accent circonflexe valait plus que le droit à l’éducation de centaines d’enfants et de jeunes réfugiés déracinés, perdus, isolés.

Vue des Cahiers pédagogiques, cette polémique sur la réforme de l’orthographe s’apparente à du brassage d’air. Combien de litres d’encre et de salive pour ce non-évènement ? Pourquoi se passionner pour un non-sujet, quand les sujets véritables abondent en matière d’éducation ? Il faut ne pas avoir le sens du ridicule !

On a parlé d’une «passion française» pour l’orthographe. Cela vaut sans doute pour l’opinion publique. Mais parmi les voix qui se sont élevées, il y en eut dont la passion était plutôt politicienne et l’objectif moins élevé. Oui, il y a eu manipulation politicienne dans cette bulle médiatique. Passé les bornes, il n’y a plus de limites. La réforme de l’orthographe, c’est donc une nouvelle étape de la destruction de l’école (et, partant, de notre beau pays, avec «Liberté, égalité, fraternité» à tous les étages) orchestrée par une ministre de l’Éducation nationale suspecte, forcément suspecte.

Comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes dans l’école française ! On ne reprendra pas ici la litanie des rapports alarmants et de l’empilement des enquêtes PISA qui, tous, pointent le creusement des inégalités sociales aggravées par les inégalités scolaires.

On se contentera d’exprimer une crainte : dans cette période éminemment troublée et troublante, où la crise morale et politique s’ajoute à la crise économique dans un cocktail détonnant, il ne faudrait pas que les avancées contenues dans la loi de refondation de l’école soient balayées, repoussées parce que jugées à l’aune du projet d’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution ou du projet de réforme du code du travail dont la contestation prend un départ fulgurant.

Sachons faire la part des choses et ne pas jeter les bébés EPI avec l’eau des larmes d’autres colères.