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Le bon, la brute et Eul’Gringo

nipedu-logo-nouveau.jpg« Je suis stupéfait par le holdup opéré par un certain “monde associatif” sur la formation continue des enseignants. Et je m’interroge… », ainsi commence le thread (fil de messages) d’Eul’Gringo sur Twitter. Twitto anonyme au profil Sergio Leonesque, derrière la moustache et le sombréro, ce despérado des réseaux ne consent à livrer que son statut de professeur des écoles, via la mention #TeamPE dans sa biographie.

Point de duel à la sauce « as de la gâchette » dans ses propos, mais une argumentation construite dont nous laissons au lecteur le soin de découvrir l’intégralitéIci: https://twitter.com/EulGringo/status/1064162173881077760. Une réflexion et des contrepoints en forme d’interrogations qui auraient pu compléter le dossier 548 des Cahiers pédagogiques sur les « collectifs enseignants connectés » que vos serviteurs ont eu l’honneur de coordonner.

Le point qui a retenu toute notre attention concerne l’effet marketé des propositions de certains de ces collectifs qui, parés des atours du « monde associatif » ou d’une « légitimité du terrain », auraient pour ambition de faire main basse sur une partie de la formation des enseignants. Le sens du message est résumé dans les derniers mots : « Soyons vigilants, ensemble, pour notre école. »

Nous nous proposons à notre tour d’envisager ici trois clés de vigilance pour auditer et sélectionner en connaissance de cause votre ou vos collectifs enseignants connectés, lieux de coformation ou de formation informelle.

COLLECTIF APPRENANT OU GROUPEMENT D’INTÉRÊTS ?

Différencier l’objectif des ambitions semble une première entrée fondamentale à questionner. S’agit-il d’user des compétences des enseignants au service d’un développement doublé d’une « légitimité de terrain » en mettant en avant le développement professionnel dans un tour de passepasse tant sémantique qu’opérationnel ?

Ou alors la proposition place-t-elle le développement professionnel des enseignants au cœur de ses préoccupations par une « organisation collective du travail sur la base et au bénéfice des apprentissages collectifs »Voir l’article de Clémence Jacq et Luc Ria dans le n°548 des Cahiers pédagogiques. ? Produire des ressources, concevoir et animer des actions de formation, communiquer sur les réseaux, etc., pour qui mais, surtout, pourquoi ?

De nombreux collectifs possèdent une identité forte, un logo, des visuels de communication, des outils au design léché, parfois même leur propre dialecte, tout un écosystème de nature à créer un sentiment d’appartenance au groupe. Un effet marketé signe un gout du travail bien fait, associé au plaisir d’usage d’outils agréables, pour lier fond et forme. Après tout, pourquoi les outils éducatifs devraient-ils être moches ?

Les collectifs enseignants connectés sur Twitter partagent et diffusent largement leurs ressources à base d’éléments graphiques esthétiques dans une communication soignée. C’est d’ailleurs aussi le cas d’enseignants plus solitaires qui partagent fiches de préparations et autres séquences pédagogiques sur leur blog.

Rien à voir pourtant avec un marketing client et sa novlangue destinés à faire passer des vessies entrepreneuriales pour des lanternes associatives. Le marketage de ces propositions est-il le fait d’expérimentations d’enseignants touche-à-tout ou d’experts métiers parfois très éloignés des considérations pédagogiques ?

Si les enseignants sont les premiers acteurs de ces collectifs, en sont-ils les premiers architectes et décideurs ? Sont-ils au service de leurs pairs ? Font-ils partie des instances associatives qui les dirigent ? Ces dernières sont-elles concrètement existantes et démocratiques ? Des questions cruciales assez élémentaires à élucider pour déjouer une « légitimité du terrain » en trompe-l’œil.

Bien sûr, nous aurions pu proposer d’autres clés (le financement, etc.) et vous en aurez certainement d’autres encore, pour éviter que la formation des enseignants ne se transforme en Far West pour quelques dollars de plus.

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre