Qui aurait cru, il y a seulement six mois, que des piliers de l’école, comme le bac, l’obligation scolaire ou les programmes, seraient si facilement ébranlés par un simple virus ?

Avant de penser à l’école d’après, voyons ce qu’il en est de l’école d’aujourd’hui. Les protocoles sanitaires doivent nous interroger sur notre rapport à ce que l’analyse du travail appelle la « prescription » : comment appliquer ces règles de distanciation, déplacement, nettoyage, masquage ? Comment les considérer avec l’esprit critique que nous enseignons par ailleurs ? Et comment même prendre notre part à leur élaboration pour ne pas les subir ?

Chacun réagit de façon personnelle à ces injonctions, qui semblent balayer toutes les autres, mais aussi en tant que professionnel dans une équipe particulière et dans un système éducatif non moins particulier. Puisse notre dossier sur le métier enseignant, « concepteur ou exécutant », contribuer à indiquer le chemin du dialogue et du bon sens dans cette période déconcertante.

Il nous faut en effet faire avec le danger de la contagion, inventer de nouveaux gestes et rituels qui font sens pour les enfants selon leur âge, en accord avec des priorités assumées collectivement. Car comment renoncer à l’accueil de tous ?

Il nous faut aussi traiter « le syndrome de la cabane » induit par le confinement sur les équipes d’adultes et les groupes d’enfants. Car comment renoncer à ce patient travail des premières socialisations, si déterminantes pour la construction individuelle et la vie commune ?

Il nous faut enfin intensifier les prises de parole de chacun. Car comment renoncer à « faire apprendre » tous les enfants dans ce système complexe et unique d’interactions vivantes qu’on appelle « école », aussi imparfaite soit-elle ?

Parce que l’épisode actuel de pandémie prend l’aspect d’un seuil plutôt que d’une parenthèse, ne nous laissons pas contaminer par la peur, cultivons l’antique vertu du courage, la lucidité aussi, et retrouvons le gout des autres, malgré la distanciation sociale.