Faire confiance ?

Si l’on en croit Jean Jaurès, « il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir ». Je dois dire que pour ce qui me concerne, ça n’est pas tout à fait gagné… Et je ne dois pas être la seule, tant l’époque est plutôt à la défiance et à la méfiance qu’à la confiance, n’en déplaise au ministre de l’Éducation nationale qui nomma ainsi la loi qui ne devait pas porter son nom.

La méfiance se porte donc très bien : complotisme qui pousse certains à aller toujours chercher les choses que l’« on nous cache », diffusion (volontaire ou non) de fake news, mots tordus et pervertis qui sont ainsi vidés de leur sens et ne peuvent plus servir à rien dans le débat public, défiance à l’égard, au choix, du Gouvernement, des médias, des réseaux sociaux, des médecins, du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), des chasseurs, des étrangers, des juges, des femmes, des policiers, des sondages, etc. Sur qui peut-on compter de nos jours, je vous le demande (dans un acrobatique jeu de mots pour me raccrocher aux branches du thème du présent numéro) ?

Cette défiance, d’aucuns en font leur fonds de commerce et l’attisent, dans un grand feu dévorant. Ils prospèrent sur la peur de l’autre qu’ils entretiennent à coups de vociférations et d’affirmations mensongères, que les démentis et rectifications n’atteignent pas. Soulés par le bruit, nombreux pourraient être ceux qui se laisseront entrainer, dirait-on.

Et pourtant, pour vivre en société, il faut bien avoir confiance en l’autre ! Comme beaucoup d’éducateurs, aux Cahiers pédagogiques, nous choisissons d’avoir confiance dans les enfants qui nous sont confiés, tous les enfants, quelles que soient leurs origines géographiques ou sociales, leur religion, leur couleur de peau, leur langue, leurs opinions. Nous allons leur apprendre à faire preuve d’esprit critique et de coopération plutôt que leur inculquer des valeurs à grands coups de sanctions.

Et en attendant que l’avenir soit advenu, avec eux aux commandes, nous allons essayer d’éviter le pire pour aujourd’hui, pour ne pas leur laisser un passif.


Article paru dans le n° 573 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie :

 

 

Les maths, est-ce que
ça compte ?

Coordonné par Baptiste Hebben et Claire Lommé
Tous les acteurs de l’enseignement se trouvent confrontés à la question des « bases » ou des « fondamentaux » : pour effectuer des choix dans les programmations, pour remédier aux difficultés d’élèves, pour proposer des évaluations. Quelles sont les mathématiques que l’on doit enseigner aujourd’hui ?