Ce n’est pas vraiment l’angoisse de la page blanche, juste une impossibilité à me motiver pour écrire sur quelque sujet que ce soit dans cet édito. C’est la première fois que cela m’arrive. De quoi cette panne pourrait-elle être le nom ?

Je parlerais bien de la loi Blanquer et de la création ex nihilo des établissements des savoirs fondamentaux. Mais la loi doit passer mi-mai en discussion au Sénat, et l’article en question sera immanquablement modifié. En quel sens ? Je ne sais.

Je vous parlerais bien de la limitation à vingt-quatre élèves des effectifs en grande section de maternelle, CP et CE1. Je pourrais même être intarissable sur les conséquences, sur les remplacements ou sur le risque que les effectifs enflent dans les autres niveaux du primaire. Or, ce qui compte n’est pas seulement le nombre d’élèves dans la classe, mais aussi ce qu’on y fait. Bien sûr, les effectifs surchargés sont une réalité et un poids quotidiens. Mais moins pour appliquer la méthode d’apprentissage de la lecture d’Agir pour l’école que pour, au hasard, organiser des discussions à visée philosophique, désormais disparues des programmes de primaire, ou développer les activités artistiques qui ne sont plus guère à l’ordre du jour non plus.

De toute façon, à l’heure où j’écris, l’annonce n’a pas encore été réellement faite par Emmanuel Macron, reportée (avec les autres mesures post-« grandéba ») pour cause d’incendie de Notre-Dame de Paris.

Je ne parlerai pas non plus des six millions d’euros annoncés pour 2019, afin d’offrir un petit-déjeuner aux enfants dans des écoles de REP ou REP+. Oui, cela soulève un tas de questions, par exemple sur la substitution de l’État aux parents, sur le risque que certains enfants déjeunent deux fois, sur le côté caritatif voire misérabiliste, etc. Difficile de considérer que ce serait une mauvaise chose que de s’assurer que des enfants commencent la journée le ventre correctement rempli… Mais enfin, ce n’est pas seulement avec des petits-déjeuners qu’on réduira le fossé qui se creuse à l’école entre les enfants bien nés (y compris chez des enseignants) et ceux qui n’ont pas eu cette chance.

Tout cela manque de souffle, et surtout de débat, d’écoute, de dialogue, de considération. De confiance ?