Faut-il parler ou ne pas parler ici du ministre ? Lui consacrer un troisième édito des Cahiers d’affilée ? La question se pose, tant lui s’impose à nos esprits, à grands coups d’interventions médiatiques. Difficile de s’abstraire de ce rythme effréné, de ne pas se laisser emporter dans ce tourbillon.

Il y a eu récemment les invectives contre le pourtant démissionnaire président du CSP, Michel Lussault, la réforme du brevet qui sera faite en cours d’année, la pensée magique sur les sciences en général et les neurosciences en particulier, qui sauraient nous dire comment bien faire en classe, selon une méthode incontestable autant qu’immuable.

Il pourrait y avoir débat, discussion, controverse, et ce serait riche. Mais débats, discussions et controverses naissants sont pollués par les invectives et une certaine volonté d’écraser l’adversaire. Quelle place est celle du ministre là-dedans ? Il se veut au-dessus des polémiques, défend l’école de la confiance et l’équilibre, mais n’a jusqu’ici donné de gages qu’aux anti « pédagogistes », voire à ce que nous nommerons prudemment « une certaine droite ».

La revue que vous tenez entre vos mains étant un repère de ceux qu’on nomme « pédagogistes », il n’est pas très étonnant que cela ne nous laisse pas indifférents. Nous ne croyons pas aux recettes, aux dogmatismes et autres potions magiques. Nous recherchons, plutôt, cette alchimie finalement pas si rare, pas si difficile, qui se produit dans les classes et les équipes, quand les idées surgies ou glanées ça et là infusent et diffusent de la réussite. Sans négliger pour autant l’impulsion, l’étincelle, qui peut venir de plus haut. C’est notre équilibre à nous.

En attendant, on avance. Chacun de nos dossiers témoigne de l’inventivité, de l’énergie des acteurs de terrain pour faire changer l’école, avec une constance et une obstination parfois admirables, n’en déplaise aux partisans du retour à l’école d’antan, à l’odeur de l’encre violette et de l’alcool de la ronéotypeuse.

Notre dossier sur l’enseignement professionnel n’échappe pas à cette règle. Il montre que silencieusement, tranquillement mais surement, celui-ci a entamé sa mue.