Vous vous souvenez de cette blague : « Comment mettre quatre éléphants dans une 2 CV ? ». À l’absurdité de la question répondait celle de la réponse, « deux devant et deux derrière » et introduisait une série tout aussi réjouissante où l’absurde le disputait à la créativité : « Comment mettre quatre hippopotames dans une 2 CV ? On ne peut pas, la place est prise par les éléphants. »

Essayons d’actualiser : « Comment mettre dans une réforme de la formation initiale des enseignants, les injonctions d’un ministre, d’une ministre, d’un recteur et d’un président d’université ? » La réponse est la même mais elle nous fait moins rire, parce qu’à la question suivante, « Comment mettre des enseignants, des universitaires, des étudiants, des professeurs stagiaires dans la réforme ? », la réponse est également la même : « On ne peut pas, il y a déjà des éléphants. »

Alors nous nous adapterons. S’il est une chose dont tous ceux qui travaillent dans les établissements scolaires et universitaires de notre pays font preuve, c’est bien d’adaptation.

Ils s’adaptent aux évolutions du contexte sanitaire, aux virages, aux injonctions contradictoires des pouvoirs, aux changements de programmes, aux évaluations qui tombent du ciel, aux restrictions de moyens, aux bugs des serveurs informatiques et aux explications improvisées et maladroites d’un ministre un peu sonné.

Ils s’adaptent parfois en se rétractant sur ce qu’ils ont toujours fait en attendant des jours meilleurs, ils s’adaptent parfois en faisant le dos rond et en se conformant. On pourrait dire à propos de la formation initiale que la réforme en cours tend à la transformer tout entière en projet de conformation, voire de « con formation ».

Ils s’adaptent aussi en cherchant à adapter l’école à ceux que l’on disait autrefois « inadaptés ».

Ils s’adaptent encore en se lançant dans l’invention d’autres façons de faire la classe. Par exemple, en créant des formes hybrides qui ne seraient pas seulement le résultat absurde du croisement d’un éléphant en présentiel avec un hippopotame en distanciel.

Ils s’adaptent enfin en « inventant ensemble l’école de demain ». Celle où les éléphants contribueraient à construire les routes et les ponts, mais laisseraient la place quand il s’agirait d’embarquer dans les voitures.

Publier aujourd’hui un dossier des Cahiers pédagogiques sur la créativité est un acte politique.

Sur la librairie

 

Enseigner la créativité ?
L’injonction à la créativité est répandue dans le monde du travail, mais à l’école, elle semble souvent réservée aux petites classes ou aux filières artistiques. Dans ce dossier, nous envisageons cette notion comme compétence à développer et comme levier pour les apprentissages à tous les âges et dans toutes les disciplines.