Écoles vitaminées en EPS

Quelles sont les écoles qui réussissent à enseigner l’EPS à la hauteur des attendus des programmes, à considérer l’EPS comme une discipline aussi importante que les autres, à faire en sorte que les activités physiques, sportives et artistiques (APSA) participent à la dynamique du projet d’école ? Résultats d’une enquête auprès de ces écoles vitaminées en EPS.

Écoles vitaminées en EPS est un projet né dans un contexte où la politique ministérielle engagée depuis plusieurs années est marquée par des prescriptions de plus en plus fortes des enseignements du français et des mathématiques. L’ensemble des disciplines de la polyvalence se voient non seulement remises en cause dans leur légitimité et leur fondement éducatif, mais également dans leur fonctionnement (disparition des actions de formation continue, réduction des volumes de formation initiale). S’ajoute à cela, pour l’EPS, l’enchainement d’annonces ministérielles parfois contradictoires aux effets démobilisateurs. Par exemple, le dispositif Sport, santé, culture civisme (dit 2S2C) entretient la confusion sur les personnels qui doivent intervenir dans l’école : enseignantes1 ou intervenants extérieurs ? De même, l’opération Trente minutes d’activité physique quotidienne ne correspond pas aux objectifs de l’école, qui doit s’attacher à des apprentissages en EPS, et pas seulement inciter les élèves à « bouger ».

L’enquête Écoles vitaminées en EPS, portée par deux syndicats de la FSU2, vise à rendre compte d’une autre réalité de l’enseignement de l’EPS à l’école primaire, en dehors de toute vision réductionniste et caricaturale : celle vécue par les actrices et acteurs eux-mêmes. Il s’agit d’une sorte d’observatoire des pratiques sur ce qui se fait réellement, sans occulter ni les contraintes spécifiques à l’école primaire, ni les représentations sur l’EPS elle-même.

Quels Critères pour une école vitaminée ?

Pour mener à bien ce projet, des acteurs et actrices de différents horizons ont été sollicités, de manière militante : professeurs des écoles, conseillers pédagogiques, formateurs Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), professeurs d’EPS. Deux chercheurs spécialistes de l’enseignement-apprentissage en EPS ont été associés.

Les critères de base d’une école vitaminée en EPS ont été élaborés collectivement :

  • L’école tend à s’approcher le plus possible des trois heures d’EPS par semaine, pour toutes les classes : au moins deux séances par semaine en élémentaire et une séance par jour en maternelle.
  • L’EPS est enseignée par les enseignantes elles-mêmes et non par des intervenants.
  • Il existe une programmation EPS (ou un projet en cours) révélatrice d’un travail d’équipe autour de l’EPS.

Nous n’avons pas retenu la participation à des rencontres sportives ou artistiques sur le temps scolaire ou hors temps scolaire comme critère obligatoire. Le travail avec des intervenants extérieurs, quand il existe, correspond à un « plus et mieux » pour l’EPS, et non une substitution.

L’enquête a porté sur trente-sept écoles et vingt-sept correspondaient aux critères définis (soit 250 enseignantes). Des entretiens ont été menés dans toutes les écoles retenues (lire encadré).

Des équipements à proximité

Les enseignantes de nos écoles vitaminées réussissent à faire au moins deux séances par semaine de quarante-cinq minutes à une heure. Rarement plus. Parfois moins à cause de la météo. Parfois plus aux beaux jours. Notons que le calcul horaire n’a rien d’évident pour les enseignantes : doit-on compter les déplacements, doit-on compter les consignes données dans la classe ou le bilan postséance ? Bien sûr, chaque fois qu’il y a des déplacements, l’horaire d’EPS augmente jusqu’à trois heures par semaine, mais pas le nombre de séances. Dans les écoles de notre enquête, ce qui rend possible l’EPS deux fois par semaine en élémentaire, et tous les jours en maternelle, c’est la proximité des équipements. 100 % de nos écoles vitaminées ont moins de dix minutes de déplacements. La pression du temps est telle que certaines écoles n’utilisent pas les gymnases qui sont à leur disposition et préfèrent faire une EPS « frugale » dans la cour. Pour ne pas perdre de temps, plusieurs écoles font le choix d’aller au gymnase sur le temps de récréation. Au cours des entretiens, les enseignantes ont pris conscience que l’horaire officiel des trois heures d’EPS est impossible à réaliser puisqu’il faut déduire une part du temps de récréation (à répartir sur l’ensemble des disciplines) et les temps de transition ou protodidactiques qui sont des temps incompressibles et indispensables à la vie de la classe. Cette information, jamais prise en compte par l’institution, permet aux enseignantes de comprendre « pourquoi on court tout le temps après le temps ».

évènements et rencontres

Ce qui permet aux écoles vitaminées d’assurer pleinement l’horaire officiel d’EPS, ce sont les rencontres sportives ou artistiques sur le temps scolaire, les évènements (sorties vélo, randonnées, classes de mer, semaine olympique, etc.) et les projets transversaux (égalité, santé, etc.). 92,5 % des écoles vitaminées de notre enquête font des rencontres sur le temps scolaire. 100 % regrettent la suppression des CPC (conseillers pédagogiques de circonscription) EPS ou la diminution de leurs missions EPS au profit des maths et du français, parce que celles-ci dynamisent le travail d’équipe et les programmations et donnent du sens aux apprentissages pour les élèves et les enseignantes. En maternelle, les rencontres sportives de type USEP (Union sportive de l’enseignement du premier degré) sont plus rares, mais les enseignantes organisent elles-mêmes des évènements : un bal folk, une randonnée pour l’école entière, un spectacle pour les parents, des olympiades d’athlétisme, etc. Concernant l’USEP, 63 % des écoles vitaminées de notre enquête y sont adhérentes, celles qui ne le sont pas regrettent le manque de subventions, de décharges ou indemnités pour animer le sport scolaire.

Personne ressource et co-intervention

Dans les vingt-sept écoles, le travail en équipe se traduit en premier lieu par la construction d’une programmation3. La direction joue souvent un rôle déterminant, mais également la présence d’une personne ressource EPS dans 63 % des écoles. Cette personne n’est pas désignée à priori par les collègues, c’est une responsabilité qui se construit au sein de l’équipe. Elle a souvent eu une formation spécialisée (études Staps -sciences et techniques des activités physiques et sportives- ou mémoire en EPS) ou est impliquée dans le mouvement sportif local. Le rôle dévolu à cette enseignante varie selon les équipes. Les échanges de service existent mais restent rares (7,5 % des écoles). En revanche, la co-intervention est une pratique professionnelle développée (55 % des écoles). Les enseignantes y voient à la fois de l’entraide, de la sécurité et une gestion de classe plus facile malgré un nombre d’élèves plus important. D’une manière générale, le travail en équipe est très riche dans ces écoles malgré le manque de temps de concertation. Il est également un atout qui permet de résister collectivement aux injonctions parfois contradictoires de l’institution.

L’EPS au cœur des apprentissages

Ces équipes attribuent une multiplicité d’enjeux à l’EPS. L’EPS est d’abord nécessaire pour la santé, le développement des élèves et le vivre ensemble. L’enjeu de réduire les inégalités (sociales, de genre, territoriales) et d’offrir une ouverture culturelle sportive et artistique aux enfants est également clairement exprimé. Dans ces écoles, l’EPS est intégrée au projet de classe. L’EPS leur permet de connaitre l’élève dans un autre contexte que celui de la salle de classe et dans un autre rapport à l’apprentissage (« apprendre ensemble », autonomie, apprentissages techniques, etc.). Par les expériences concrètes vécues en EPS, les élèves construisent des savoirs empiriques importants pour d’autres disciplines (connaissance du corps, des milieux, des espaces, de la culture). Les démarches d’apprentissage vécues en EPS (effort, répétition, essais-erreurs) sont reconvoquées à l’occasion d’autres apprentissages. Pour toutes ces raisons, et par-delà le surcout énergétique qu’implique son enseignement, les enseignantes de nos écoles vitaminées accordent un statut important à l’EPS et ne souhaitent pas déléguer cet enseignement à des intervenants extérieurs.

Au terme de l’enquête, les enseignantes interrogées ont exprimé leurs priorités. Pour les écoles sous-dotées, ce sont les équipements couverts proches de l’école qui sont prioritaires. 100 % des écoles vitaminées demandent de la formation initiale et continue. Cette enquête confirme que les écoles avec une EPS de qualité, parfois au-delà de l’horaire officiel, ça existe, sans pour autant que les élèves sachent moins bien lire ou compter qu’ailleurs ! Alors pourquoi pas des écoles vitaminées en EPS partout ?

Claire Pontais

Ex-formatrice Inspé, responsable SNEP-FSU

Antoine Thépaut

Enseignant-chercheur en Staps à l’Inspé de Lille

Ingrid Verscheure

Enseignante chercheuse en sciences de l’éducation à l’université Toulouse 2 Jean-Jaurès


Les questions de l’enquête

Dans chacune des vingt-sept écoles retenues, des enquêteurs et enquêtrices ont réalisé un entretien avec l’équipe d’école. Chaque école a ainsi répondu à deux séries de questions. Un premier ensemble de questions concerne l’identité de l’école et son contexte, ses équipements (suffisants ou pas), l’existence de rencontres sportives sur le temps scolaire, l’adhésion à l’USEP ou non, l’apport de la collectivité territoriale, le recours ou non à des intervenants extérieurs, etc. Un deuxième ensemble concerne les dynamiques à l’œuvre dans l’organisation de l’EPS : l’existence d’une programmation EPS, les APSA étudiées prioritairement, la durée des modules d’apprentissages, des séances d’EPS, le travail d’équipe, l’existence et le rôle de la personne ressource EPS, le rôle des rencontres sportives, l’existence ou non de projets transversaux (égalité filles-garçons, classes découvertes, etc.), la quantité de formation continue, le soutien institutionnel (rôle de l’inspecteur et disponibilité du conseiller pédagogique) ou le travail qualitatif avec les intervenants extérieurs.


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Ce qui s’apprend en EPS

Coordonné par Sabine Coste et Jacky Wattebled
Mal reconnue, bien qu’obligatoire à tous les niveaux, l’EPS contribue à l’acquisition du socle commun, donne accès à des pratiques motrices et à la culture physique, sportive et artistique, tient une place de choix dans l’entretien de la santé et du bienêtre, contribue à l’égalité entre les filles et les garçons et à l’inclusion.


Notes
  1. L’immense majorité des professeurs des écoles étant des femmes, nous faisons le choix d’écrire « enseignantes ».
  2. Le SNEP-FSU (Syndicat national de l’éducation physique) et le SNUipp-FSU (syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles) en partenariat avec le syndicat des inspecteurs (SNPI-FSU).
  3. Notons que le rapport au sport des enseignantes de ces écoles vitaminées n’est pas homogène et que la sportivité des équipes ne suffit pas à expliquer la vitalité de l’EPS. Toute l’équipe est sportive (deux écoles 7 %), la majorité (cinq écoles 18 %), la moitié (dix-sept écoles 63 %), seulement quelques-unes (trois écoles 11 %).