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Méthodes traditionnelles ou actives, méthode heuristique de mathématiques ou méthode de Singapour, méthodes inductives ou déductives, Freinet ou Montessori, expérientielle ou hypothéticodéductive, etc. Au-delà des tensions entre les méthodes elles-mêmes, nous pourrions évoquer nos relations personnelles, souvent tumultueuses, avec les méthodes, plus particulièrement quand elles nous sont imposées et nous assignent au rang d’exécutant. À titre d’exemple, sur le site Eduscol, les enseignants du primaire et du collège peuvent désormais consulter les « guides fondamentaux ». L’expression n’est pas neutre. Ce ne sont plus uniquement certaines disciplines qui ont l’honneur d’être reconnues comme « fondamentales » ; voici maintenant les méthodes auxquelles il semble bien difficile d’échapper, avec un tel qualificatif qui désigne, faut-il le rappeler, ce qui « a un caractère essentiel et déterminant », ce qui « se manifeste avant toute chose et à fond » (dictionnaire en ligne Le Robert). Cet avant-propos pourrait donc se terminer ici : faites comme on vous dit, ne vous posez pas de questions !

Par-delà les préconçus et les enfermements, les articles de ce dossier rappellent à quel point nous avons encore les ressources pour penser ce que nous faisons et faire ce que nous pensons. Dans ce dossier, les méthodes s’exposent plus qu’elles ne s’imposent. Elles sont situées dans leur contexte et ne prétendent pas à l’universel. Si tous les auteurs s’attachent à évoquer plus ou moins explicitement des mises en œuvre, au cœur de toute méthode, chacun les exprime et les relie à ce qui semble donner sens à l’action en question : des inspirations (rattachées à une certaine conception de ce que devrait être notre société), des apprentissages ciblés, des dispositifs, des techniques, des outils.

Nous avons regroupé les articles qui dialoguent entre eux pour proposer aux lecteurs des approches différentes, dont nous espérons qu’elles leur laissent une place pour faire leurs propres choix.

Dans la première partie, il s’agit de discuter de la place à accorder à la méthode pour mieux apprendre. Entre trop peu de méthode et des élèves perdus, et trop de méthode et des élèves sans initiative, c’est le degré de guidage et le moment où celui-ci peut intervenir qui sont mis en débat.

Dans la deuxième partie, c’est davantage la place de l’élève dans la méthode, ou dans une diversité de méthodes, qui suscite le débat. Entre la méthode construite à priori pour l’élève, qu’il aura à suivre plus ou moins à la lettre, et la méthode présentée comme l’aboutissement d’un processus personnel ou collectif, nos auteurs nous offrent un éventail de postures chez maitres et élèves.

Dans la troisième partie, les méthodes se veulent flexibles, adaptées à des élèves ou à des adultes reconnus dans leur singularité. Ici, aucune méthode ne semble bonne en soi. Aucune ne serait à appliquer ou à construire définitivement : les bonnes méthodes ne seraient-elles pas avant tout ce qui convient à chacun à un moment donné ? Facile à dire, moins facile à faire, certes, mais plus facile à comprendre à la lecture de ces derniers articles, qui offrent quelques clés pour décrypter la relation toute personnelle de chacun à la méthode.

À la lecture de ce dossier, il n’échappera à personne qu’une méthode qui vit, notamment à travers un récit, gagne en humanité. Et c’est tant mieux, car nous ne pourrons vraisemblablement nous passer ni de méthodes, tant elles nous structurent, quand nous en avons besoin, ni d’humain, dans un contexte qui tendrait subrepticement à nous le faire oublier.

Grégory Delboé

Formateur à l’Inspé de Lille

Céline Walkowiak

Professeure de français en collège à Loos-en-Gohelle

Article paru dans le n° 577 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie :


N° 577 – Que nous apportent les méthodes ?
Dans quelle mesure la méthode s’impose-t-elle pour apprendre ou au contraire constitue-t-elle un obstacle voire une impasse ? Les méthodes, faut-il les transmettre ou les laisser se construire ? Et finalement, une éducation qui vise l’émancipation des sujets peut-elle se priver de méthodes ?